ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

                                                                       « Lorsque tu te sentiras triste,
                                                                        seul comme un champ-centre,
                                                                        sache que tu n’es pas une île,
                                                                                nombreux sont ceux qui

                                                                                               t’attendent »

                                                                                                   (Buena Fe)

Tabares se distingua par son explosivité, sa technique et sa vision du jeu. Photo: Ricardo López Hevia

IL n’y avait aucune histoire à raconter liée au maillot 56 dans le championnat cubain jusqu’à ce que Carlos Alberto Tabares Padilla fasse son apparition. Pendant 27 ans, il a porté l’uniforme bleu des Industriales de La Havane, et c’est, porteur de ce même maillot, aujourd’hui à la retraite, qu’il fait ses premières armes comme entraîneur.

« Je me souviens que quand j’ai été écarté de la présélection cubaine junior, à la fin des années 80, je ne voulais plus entendre parler de baseball. C’est ce que j’ai dit à mes parents. Mais ils m’avaient fait cadeau d’un maillot flanqué du numéro 56, et un peu plus tard, et après mûre réflexion, je me suis assis face à eux et je leur ai promis que ce numéro allait entrer dans l’histoire », se remémore Tabares, l’un des joueurs les plus charismatiques et spectaculaires de nos Séries nationales au cours des 20 dernières années.

À son poste de voltigeur central, il fit à maintes reprises la une des journaux pour sa vision du jeu, sa vitesse de réaction et la précision de ses déplacements. Ses attrapés impossibles, ses courses effrénées vers n’importe quel point du terrain et son explosivité resteront encore longtemps dans la mémoire des supporters.

Lorsqu’on lui demande comme il a fait pour avoir une telle longévité, il nous répond toujours avec la même modestie et l’attribue au travail à l’entraînement. Cependant, au-delà de la persévérance et de la constance, indispensables dans le sport de haut rendement, ce joueur exceptionnel a toujours été doté d’un talent naturel, doublé d’une volonté de fer qui a su répondre aux attentes de supporters exigeants.

« Il est très difficile de s’imposer dans une équipe comme les Industriales. Il faut toujours être à 200% car il y a beaucoup de stars, et une baisse de performance peut t’amener sur le banc de touche. J’ai débuté en 1992, entouré de joueurs expérimentés, mais je me suis battu et j’ai gagné une place de titulaire, au prix de nombreux efforts, en jouant à la limite, au point que je me suis blessé plusieurs fois en me lançant contre les murs ou en me tordant la cheville en glissant », explique-t-il pour notre journal.

Mais Tabares s’est vite adapté à la pression. Reconnu pour ses qualités défensives, il a également su peser en attaque, où il s’est révélé un excellent frappeur. « Je me suis toujours senti à l’aise avec des coureurs sur les buts. J’aimais être au centre de l’attention et produire des points importants dans les matches importants. J’ai pris exemple sur Javier Mendez, mon joueur préféré, impressionnant par son flegme, son assurance et son aisance technique, et j’ai aussi admiré l’agressivité de Victor Mesa ».

Grâce à ce sang froid, Carlos Tabares a joué un rôle décisif dans les cinq titres remportés par les Lions de la capitale. Et il en est un dont il garde un souvenir impérissable. « J’ai été champion avec Pedro Medina en 1996, trois fois sous la houlette de Rey Vicente Anglada, et lors de la 49e Série sous les ordres de German Mesa. Mais je garde un souvenir particulièrement fort des 66 victoires, en 2003, car mon père était décédé le 27 mars. Lors du dernier match, j’ai claqué un home run que je lui ai dédié en levant pour la première fois les mains au ciel. Ce titre a eu un goût spécial pour toute l’équipe, qui a partagé ma douleur », se souvient Tabares, qui a également glané plusieurs titres internationaux.

« J’ai débuté très jeune en équipe nationale. C’était aux Pays-Bas, à l’âge de 22 ans. Mais mes grandes expériences furent le Championnat du monde en Italie et les Jeux Centraméricains de Maracaibo, au Venezuela, en 1998, où j’ai enregistré une moyenne à l’attaque de l’ordre de 370 à ces deux compétitions. Par la suite, j’ai été écarté de l’équipe nationale sans aucune explication. Même jusqu'à aujourd'hui, personne ne m'a pas appelé pour m'expliquer les raisons pour lesquelles je n’ai pas été sélectionné.

« J’ai continué à jouer et j’ai été convoqué en équipe nationale pour les Jeux panaméricains de Saint-Domingue et le Mondial de La Havane. Vinrent ensuite les jeux olympiques d’Athènes et la Classique mondiale de 2006. Ce sont mes expériences les plus importantes, en raison de ma performance et de celles de mes coéquipiers, ainsi que des résultats. C’est une sensation indescriptible, surtout parce que j’avais encore une fois été écarté et que j’ai obtenu mes galons de titulaire grâce à mon travail acharné », ajoute-t-il.

Après tant d’années parmi l’élite, il est difficile de décider du moment précis pour raccrocher les crampons. Mais cela fait un moment que Tabares avait décidé de mettre un terme à sa carrière. « À l’âge de 40 ans, je me suis rendu compte que ce serait bien d’arrêter à la 56e Série, qui coïncidait avec le numéro de mon maillot, pour ce qu’il représente pour moi. J’ai dit à Javier Mendez que je voulais m’en aller comme je suis venu, à mon poste de champ-centre, sans évoluer à un autre poste, car c’est ce que l’on propose aux joueurs les plus âgés. Le plus important pour moi était de laisser une image positive et, même si nous ne nous sommes pas qualifiés, au plan individuel je pense que ce furent de beaux adieux.

« Aujourd’hui à la retraite, je pense que je peux faire beaucoup de choses dans le baseball. J’apprends beaucoup avec Victor Mesa, et j’aimerais travailler avec les enfants, la base étant très importante pour l’avenir de notre baseball. J’aimerais aussi devenir entraîneur, mais avant il faut prendre le temps de bien se préparer ».