ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Ce mois-ci, le lanceur gaucher de Pinar del Rio âgé de 22 ans rejoindra les entraînements des Fukuoka Softbank Hawks pour préparer la prochaine saison. Photo: Ricardo López Hevia

À ses débuts dans le baseball, à l'âge de huit ans, Livan Moinelo était le plus jeune joueur de son équipe. Cependant, l'entraîneur confia à sa mère que son fils deviendrait un jour un bon baseballeur. Et il n'avait pas tort.

Dans les catégories inférieures, Livan n'a jamais su ce que c'était que de gagner un tournoi, mais quelques années plus tard, depuis qu'il a rejoint l'équipe nationale senior de Pinar del Rio, lors de la 53e Série nationale, ses vitrines ont commencé à se remplir de titres.

Il a d’abord été sacré champion national durant cette même saison, après la Série de la Caraïbe et, il y a quelques mois à peine, il remporté avec son compatriote Alfredo Despaigne la Ligue professionnelle japonaise avec les Fukuoka Softbank Hawks.

Livan Moinelo avoue qu'il avait signé un contrat pour évoluer dans les ligues inférieures japonaises, mais qu’après l'avoir observé pendant deux semaines, les dirigeants des Hawks ont décidé de le convoquer à l’équipe principale.

« À mon arrivée, j'ai passé une semaine d'entraînement, et j’ai effectué une vingtaine de matches, où j’ai réussi une douzaine de retraits sur trois prises sans permettre le moindre point. C’est certainement ce qui m'a permis d’accéder à la principale équipe », se remémore-il.

En 34 sorties dans le championnat japonais, toujours en qualité de releveur, poste qu’il occupait à Cuba, ce lanceur gaucher a gagné quatre matches, distribué 36 strike-outs et n’a permis qu'une dizaine points mérités en 35,2 manches. Par ailleurs, aux séries éliminatoires, il a contribué à deux victoires de son équipe contre les Yokohama DeNA Baystars.

« Au début, je me laissais plutôt guider par le catcher japonais. Avant le début de chaque manche, avec l'aide de l’interprète, le catcher et moi nous mettions d’accords sur les balles à servir à chaque frappeur. Ensuite, j'ai commencé à décider par moi-même, mais lorsque j’avais affaire à un joueur que je connaissais pas, je suivais religieusement les instructions de mon catcher », explique ce lanceur originaire de Pinar del Rio qui, pour s’imposer dans un championnat rempli de bons lanceurs, a dû procéder à plusieurs réglages.

« Avec les quatre lancers que je maîtrisais, on m'a expliqué que c'était suffisant, mais j'ai dû apprendre à ajuster la vitesse de mes lancers : plus vite et plus lentement selon les circonstances… J’avais l’habitude de lancer mes balles à la même vitesse. Je servais des balles rapides, des courbes, des sliders et changements de vitesse, mais j’ai appris qu’en modifiant les temps, ces quatre lancers deviennent encore plus efficaces, se multipliaient, ce qui m’a permis d’enrichir considérablement mon répertoire.

Sur quoi s’appuie le lancer dans la ligue japonaise… La puissance, les ruptures ?

Là-bas, les catchers affirment que le plus important, c’est la précision des lancers, et ils ont raison, car parfois mes lancers n’étaient pas si puissants, ce qui ne m’a pas empêché de dominer les frappeurs adverses. J'ai toujours eu un bon contrôle, mais je me suis vite rendu compte que si je voulais m’imposer dans le baseball japonais, il me fallait peaufiner tous ces détails. J'ai donc travaillé dur pour améliorer ma précision et j’ai réussi à placer mes balles là où je voulais.

Et la vitesse ?

Auparavant, mes balles avaient une vitesse maximale de 92 milles à l’heure, et avec le temps, je suis passé à 95 milles. Ce n’est pas tout : j'ai réussi à me maintenir autour des 90 milles à l’heure à presque toutes mes sorties. Je pense que l'entraînement et le rapport travail/repos, ont beaucoup pesé dans tout cela, et aussi le fait que j'ai pris un peu de poids, car avant mon départ pour le Japon je pesais 68 kg et j'en suis aujourd’hui à 75. Si bien que j’ai augmenté ma puissance.

Quelle est, d’après vous, la zone la plus efficace pour placer vos balles ?

Cela dépend du frappeur que vous avez en face. Á Cuba, on a l’habitude de vous demander de lancer dans la zone basse des prises. Au Japon, cela ne marche pas, car les frappeurs sont habitués à ce genre de balles et peuvent vous claquer un coup de circuit en un tour de main. Si bien qu’il faut faire très attention, très bien étudier les frappeurs, sans négliger aucun détail.

De plus, dans chaque staff d’entraîneurs, il y a des gens chargés d’étudier les adversaires tout au long de la saison, et avant chaque match, on nous renseigne sur les points forts et les points faibles de chaque frappeur, ses habitudes ou ses manies… Chez nous, les lanceurs n’ont pas ce genre d’information. Ici, ces études sont faites selon nos possibilités, qui ne sont pas les mêmes ».

Aux compétitions internationales, les lanceurs cubains ont tendance à présenter des problèmes avec la zone des prises...

Au début, j’ai eu un peu de mal, parce que les arbitres japonais ont une zone assez restreinte. Lorsque je lançais droit dans les angles, ils ne marquaient pas de prise, si bien que j'ai amené beaucoup de frappeurs au compte de 3 et 2. Alors, les entraîneurs m'ont dit de lancer droit dans le mille et de ne pas m'inquiéter, que j’avais neuf défenseurs de sur le terrain qui étaient là pour faire leur travail, que je n’étais pas seul.

Envisagez-vous d’évoluer un jour comme lanceur partant ?

Au Japon, plusieurs personnes m'ont dit que j’avais des qualités pour débuter les matches, que mes lancers étaient bons et que j’avais l’avantage d’être gaucher, mais que pour opérer cette reconversion il me fallait encore travailler à l’entraînement, car c’est une spécialité différente. J’ai pris ces compliments au sérieux. Peut-être cette année pourrais-je commencer quelques matchs…

La différence entre Livan Moinelo avant et après cette expérience japonaise ?

- Aujourd’hui, j'ai davantage confiance en moi et j’ai appris décrypter les caractéristiques des batteurs.

Après avoir remporté le championnat national, une Série de la Caraïbe et le championnat du Japon, de quoi rêvez-vous ?

Aux Jeux olympiques ! Il paraît que c'est très excitant. J'aimerais y aller et pouvoir être sacré champion avec l’équipe de Cuba.

À présent que vous évoluez dans la deuxième ligue de baseball la plus relevée du monde, êtes-vous toujours motivé pour jouer avec Pinar del Rio et avec l'équipe nationale cubaine ?

Jouer pour ma province et intégrer l'équipe nationale, défendre les couleurs de notre pays, ont toujours constitué pour moi une motivation extraordinaire et un honneur. Je serai toujours prêt à jouer pour Pinar del Rio et pour mon pays. Et même si bientôt je retournerai au Japon, j’y représenterai aussi Cuba, que je porte toujours dans mon coeur.