LA décision européenne de lancer une opération navale pour arraisonner les embarcations qui se consacrent au trafic de migrants suscite aujourd’hui des critiques quant à l’efficacité de la mesure, mais elle est aussi interprétée comme un prétexte pour préserver une « Europe blanche ».
Plusieurs médias européens et internationaux qualifient de « militarisation de la mer Méditerranée » l’opération approuvée hier par les ministres de la Défense et des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE), qui ont donné le feu vert à cette action visant à donner une réponse au flux croissant de migrants.
Devant la hausse exponentielle du nombre de personnes tentant de traverser les eaux méditerranéennes, presque toujours au départ de Libye, le bloc régional a décidé de mettre en place cette mission destinée à arraisonner les bateaux utilisés pour ce trafic.
La mission compte trois phases : d’abord, identifier et contrôler les réseaux de migrants, ensuite aborder, inspecter, saisir et dévier en haute mer les embarcations suspectes, capturer et détruire les bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants. Ce plan, considéré comme « abusif », devrait être mis en place en haute mer et dans les eaux libyennes. Cependant, son lancement – prévu en juin – requiert l’approbation du Conseil de sécurité des Nations Unies ou des autorités de ce pays de l’Afrique du Nord.
Ses détracteurs soulignent que même si la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, affirme que l’objectif est de faire face aux mafias qui s’enrichissent à travers le trafic de personnes dont elles mettent la vie en danger, son intention réelle est d’empêcher l’arrivée en Europe de migrants indésirables.
« Cette nouvelle guerre contre la Libye n’a pas pour objectif de détruire un régime séculaire ou d’occuper les champs pétroliers, mais de préserver l’Europe blanche », a indiqué un article publié dans le site internet Globalresearch.
Plusieurs médias qualifient la manœuvre de « mesure de force » qui pourrait impliquer des bombardements contre les navires, ce que serait quasiment une violation du Droit international.
Par ailleurs, il est signalé que l’action sera insuffisante pour freiner le flux migratoire, et encore moins la crise humanitaire.
Trois membres des équipes de garde-côtes italiens ont déclaré au journal britannique The Guardian qu’ils étaient persuadés que l’opération n’arrêtera pas les clandestins qui fuient la guerre et la misère dans des pays comme la Syrie et l’Érythrée.
« Le problème de la migration des gens désespérés ne sera pas résolu par ces mesures militaires. Il devra prendre d’autres formes. Ils trouveront d’autres voies pour émigrer », a indiqué le capitaine Paolo Cafaro.
Pour les garde-côtes, les efforts doivent se concentrer en priorité à sauver la vie des milliers de migrants qui traversent la mer sur des embarcations précaires.
Certaines associations des droits de l’Homme mettent en garde sur le fait que la tentative de couper les actuelles voies de migration conduira a davantage de décès et de drames, comme le naufrage en avril d’un chalutier, au cours duquel quelque 800 personnes ont perdu la vie.
« Si les destructions de navires diminuent, les embarcations disponibles transporteront de plus en plus de gens, ce qui augmentera le danger », a alerté le secrétaire général du Conseil européen des réfugiés et des exilés, Michael Diedring.
Et d’ajouter qu’« il est même possible que dans leur désespoir, ces personnes décident tout simplement de construire leurs propres embarcations », ce qui augmenterait la précarité et les risques des traversées.
Selon Diedring, la solution au trafic maritime de personnes serait d’augmenter les voies légales et sûres de migration, mais les dirigeants européens se montrent réticents face à cette option, que quelques pays rejettent carrément, comme le Royaume Uni et la Hongrie.
Et cela semble logique au vu des accusations sur la volonté de conserver une Europe peuplée de blancs.
Le site Globalresearch est allé plus loin plus dans ses questionnements éthiques, en signalant que le continent prêt à attaquer aujourd’hui les bateaux de migrants est le même qui a provoqué l’apparition de millions réfugiés de guerre africains et musulmans.
Dans ce sens, le site a rappelé que l’intervention militaire de l’OTAN en Libye a plongé ce pays « dans une situation d’anarchie et de terreur ». Il a aussi signalé le rôle de l‘Occident dans « l’enfer qui s’est abattu sur la Syrie » et l’aggravation des conditions de vie en Somalie.
« La crise des réfugiés et les morts en haute mer sont des crimes de l’Europe et des États-Unis », a affirmé le journaliste Glen Ford dans son article.
Aujourd’hui, a-t-il ajouté, « ils s’apprêtent à repousser par la force militaire les victimes les plus désespérées de leurs crimes, et ils ont encore l’insolence d‘appeler cela « une opération humanitaire ». (PL)






