L’ANNONCE officielle du gouvernement des États-Unis, du retrait de Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme peut être considérée comme un nouveau pas dans la voie du rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays.
Le porte-parole du Département d’État, Jeff Rathke, a indiqué dans un communiqué officiel que « le délai de 45 jours de notification au Congrès ayant expiré, le Secrétaire d’État a pris la décision finale d’annuler la désignation de Cuba comme État soutenant le terrorisme, de manière effective aujourd’hui, 29 mai ».
Pour prendre effet, cette décision devait être publiée au Registre fédéral, journal officiel des États-Unis, même si le Secrétariat d’État affirme que la décision prend effet immédiatement.
À cet égard, il faut noter que les autorités cubaines n’ont jamais posé ce retrait comme condition préalable pour avancer dans les discussions, mais qu’elles avaient insisté sur le fait que jamais l’Île n’aurait dû figurer sur cette liste.
Le retrait de Cuba de cette liste s’ajoute à la réouverture des services bancaires de la Section des intérêts cubains à Washington et aux progrès enregistrés lors de la dernière rencontre entre les délégations des deux pays.
Ces échanges ont pour but de créer un contexte bilatéral et régional approprié pour avancer vers le rétablissement des relations diplomatiques et l’ouverture d’ambassades.
Le 17 décembre dernier, le président cubain, Raul Castro, et son homologue des États-Unis, Barack Obama, avaient informé l’opinion publique mondiale de leur décision de rétablir ces liens et d’ouvrir des représentations dans les deux capitales, après plus de 50 ans d’une rupture décidée par les États-Unis. Les autorités cubaines ont souligné qu’il ne s’agirait-là que d’un premier pas, citant le blocus économique, commercial et financier exercé depuis plus de 50 ans par les États-Unis contre l’Île comme le principal obstacle à une normalisation.
En général, les pourparlers entre les représentants des deux pays ont suscité l’intérêt des secteurs des affaires, de la culture, de la science et des dirigeants politiques des États-Unis, qui ont désormais les yeux rivés sur les perspectives à moyen et long termes.
En janvier et mai de l’année en cours, de nombreuses délégations ont visité La Havane, dont l’une présidée en février par la leader de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et composée par un groupe nombreux de ses collègues.
Le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, s’est lui aussi rendu dans l’Île à la tête d’une délégation d’hommes politiques et d’hommes d’affaires de cet État.
Le 14 avril, le président Barck Obama a fait part au Congrès des États-Unis de sa décision de retirer Cuba de leur liste noire, mais le législatif devait examiner la décision, délai qui a expiré le 29 mai, sans que l’extrême droite anticubaine n’ait pu s’y opposer, faute de consensus.
Les déclarations des principaux hommes politiques et chefs d’entreprises nord-américains qui ont visité Cuba ces derniers mois ont un dénominateur commun : les fruits de ce rapprochement pourront être récoltés une fois le blocus levé.
Barack Obama dispose de larges facultés exécutives pour « vider » le blocus d’une bonne partie de ces restrictions, comme l’a fait remarquer Josefina Vidal, la directrice générale du Département chargé des États-Unis au ministère des Relations extérieures. Le retrait de Cuba de cette liste supprime une série spécifique de sanctions du Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC), du Département du trésor des États-Unis, appliquées aux pays figurant sur cette liste polémique et unilatérale.
LE RETRAIT DE LA LISTE UNILATÉRALE SALUÉ AUX ÉTATS-UNIS
Les principaux médias des États-Unis ont souligné l’importance, dans le contexte du rapprochement bilatéral, du retrait de Cuba de la liste unilatérale du Département d’État de pays soi-disant « parrains du terrorisme international ».
Le New York Times et le Washington Post se sont fait l’écho de cette décision, en s’accordant sur le fait qu’elle représente un progrès dans les négociations depuis l’amorce du dégel annoncé le 17 décembre dernier par les présidents Raul Castro et Barack Obama.
Ce « pas crucial », selon le quotidien new-yorkais, s’inscrit dans le cadre des efforts du président Barack Obama pour mettre un terme à l’hostilité propre à la guerre froide qui aura marqué pendant longtemps les relations entre nos deux pays.
Le quotidien a rappelé la rencontre historique des deux chefs d’État, en avril dernier lors du Sommet des Amériques de Panama, à peine quelques jours avant que le chef de la Maison-Blanche ne fasse part au Congrès de sa décision de retirer la plus grande des Antilles de cette liste.
Le Times a également indiqué que les Cubains ont considéré l'inclusion unilatérale de leur pays dans cette liste (en 1982) comme « une tache dans leur image » et un obstacle pratique pour accéder à des institutions bancaires.
De fait, en avril, le ministère cubain des Relations extérieures a qualifié de juste la décision du gouvernement nord-américain de retirer l'Île d’une liste sur laquelle, a-t-il affirmé, elle n’aurait jamais dû figurer. Parallèlement, le ministère a ratifié son rejet et sa condamnation des actes de terrorisme sous toutes leurs formes et dans toutes leurs manifestations, ainsi que toute action qui ait pour but d'encourager, de soutenir, de financer ou de couvrir des activités de ce type.
Le gouvernement cubain a rappelé que son pays a été victime de centaines d’actes terroristes, qui ont coûté la vie à 3 478 personnes et entraîné des handicaps à vie à 2 099 autres.
Pour sa part, le Washington Post a précisé que ce retrait supprimera certaines barrières commerciales qui pèsent sur Cuba, mais souligne que le blocus économique – imposé il y a plus d’un demi-siècle – reste en vigueur, sa levée exigeant l’intervention du Congrès, car le blocus est inscrit dans la Loi.
Selon le journal de la capitale, la mesure adoptée le 29 mai « n’aura pas grand effet sur le plan économique », mais elle pourrait encourager « certaines entreprises et banques internationales » à faire des affaires avec Cuba, sans « avoir à craindre d'entrer en conflit avec les lois des États-Unis ».
Par ailleurs, le journal The Hill – spécialisé dans des sujets concernant le Capitole – a souligné que cette décision ouvre la voie à la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays et à l'ouverture d'ambassades dans les deux capitales.
Aussi bien ces médias que la chaîne CNN ont cité le porte-parole du Département d'État, Jeff Rathke, qui a signalé que Washington et La Havane ont des désaccords sur une vaste série de questions, mais qui ne concernent pas les critères significatifs de cette liste.
Le 29 mai, s’est achevé le délai légal de 45 jours pour que les membres du Congrès – notamment ceux qui s’opposent à la décision de la Maison-Blanche – se prononcent à ce sujet et éventuellement introduisent un recours afin de bloquer la décision de l’Exécutif. Les autorités cubaines ont signalé – au cours des trois séries de discussions officielles et autres contacts – l'importance du retrait de leur pays de la liste de Washington, bien qu'elles n'aient pas établi cette mesure comme une condition préalable au progrès des conversations sur le rétablissement de relations diplomatiques.






