
LE Brésil entre dans une semaine cruciale pour son avenir politique. Après plus d’un mois de convulsions politiques et judiciaires dans ce géant latino-américain, la droite persiste à détruire, par n’importe quel moyen, la présidente Dilma Rousseff, au détriment du système démocratique et de la constitution de ce pays.
Le lundi 11 avril, une majorité de la Commission spéciale parlementaire de 65 membres a approuvé le début d’un impeachment (mise en accusation) contre la présidente.
Cette décision doit être débattue et approuvée ou non par le plenum de la Chambre des Députés du Brésil, une instance qui a la faculté d’autoriser la tenue d’un procès.
Son prédécesseur, Luiz Inacio Lula da Silva, fait également l’objet d’une enquête. La droite prétend ternir son image face à une éventuelle candidature de Lula aux élections présidentielles de 2018.
La demande d’impeachment est fondée sur de soi-disant manipulations des comptes publics par Dilma Rousseff. La justice électorale enquête aussi sur un supposé financement de la campagne pour la réélection en 2014 avec de l’argent sale de l’entreprise Petrobras. À ce jour, aucune de ces deux accusations n’a été prouvée.
Deux figures du Parti du Mouvement démocratique brésilien (PMDB) jouent un rôle prépondérant dans l’actuelle crise politique. L’une delle est le vice-président du pays, Michel Temer qui, depuis décembre de l’année dernière, avait rendu public son « mécontentement » par rapport au gouvernement du Parti des travailleurs (PT)
L’autre personnage est Eduardo Cunha, leader de la Chambre des députés au Congrès, en examen pour son implication dans le système de corruption de l’entreprise publique Petrobras et ennemi déclaré de Dilma.
Ils viennent renforcer ainsi les pressions pour accélérer le processus amorcé en décembre dernier par Cunha.
Si 342 députés approuvent la poursuite de la mise en accusation, la requête passerait alors en discussion au Sénat qui, à son tour, a un délai de 180 jours pour l’analyser. Une éventuelle condamnation deviendrait effective si au moins 54 sénateurs votaient en sa faveur et la présidente serait relevée de ses fonctions. La Constitution brésilienne stipule, par ailleurs, que durant ce laps de temps, l’actuel vice-président, Michel Temer, assumera la présidence du pays. Dans le cas où Rousseff était reconnue coupable, celui-ci terminera le mandat constitutionnel jusqu’en 2018.
LES SCÉNARIOS POSSIBLES
Si Rousseff fait l’objet d’une enquête, Temer est également sous la loupe des enquêteurs pour être le second de Dilma. Cela signifie que si le Tribunal électoral suprême les met en examen, il ne pourra pas assumer la présidence en cas d’impeachment contre Dilma. Dans ce cas, Eduardo Cunha, président de la Chambre des représentants assumerait les rênes du Palais du Planalto (siège de la présidence),
Si cette mise en examen avait lieu dans la première moitié du mandat (à la fin de cette année), le président du Parlement convoquerait de nouvelles élections dans un délai de 90 jours.
Au cas où elle était jugée dans la seconde moitié du mandat, des élections indirectes auraient lieu, c’est-à-dire que les députés et les sénateurs désigneraient un successeur.
L'autre scénario est que Rousseff et Temer démissionnent, mais cela est très peu probable.
L’option de laisser le peuple décider par référendum s’il veut écarter ou non Rousseff et Temer fait également partie des scénarios possibles. Certains membres du Congrès envisagent de faire cette proposition, qui diffère de l’impeachment, où les politiciens peuvent être suspendus en cas d’« inefficacité» ou de « désaveu populaire ».
LA DÉFENSE DE DILMA ROUSSEFF
L’avocat général de l’État brésilien, José Eduardo Cardoso, a affirmé que le procès politique contre Rousseff est « nul et illégal ».
À son avis, il est le reflet d’une situation « juridique absolument fantaisiste, irréelle et inconsistante » contre le gouvernement.
Il a insisté sur le fait que le procès est « vicié » du fait de plusieurs illégalités et aussi pour des situations qui, selon lui, pourraient nuire à l’exercice de la « légitime défense » de Dilma Rousseff
Et d’ajouter que si le procès se poursuivait de cette manière, cela supposerait « un coup d’État », car cette action n’a pas les moindres conditions légales, comme l’indispensable vérification d’un « délit de responsabilité ».
Il a annoncé également qui si le gouvernement décidait que le procès contre la présidente était irréversible, il en appellera à la Cour suprême qui, selon lui, acceptera « sans aucun doute ses plaidoyers, ajoutant par ailleurs qu’une fois cette question résolue, le gouvernement devra dialoguer avec toute les forces pour dépasser cette crise et faire que le Brésil reprenne sa vie normale ».
LE PROCÈS POLITIQUE CONTRE LE VICE-PRÉSIDENT
Le Tribunal suprême fédéral du Brésil a ordonné le 5 avril l’ouverture d’un procès politique contre Temer, qui aurait donné une autorisation de crédits gouvernementaux extraordinaires sans l’aval du Parlement.
La décision est fondée légalement sur le même type d’irrégularité qu’aurait commise la présidente Dilma Rousseff, et contre laquelle un processus de mise en examen est en cours.
Le magistrat Marco Aurelio Mello a décidé de rouvrir, par mesure de précaution, l’accusation, rejetée en décembre dernier par le président de la Chambre basse, Eduardo Cunha, pour ouvrir un procès contre Temer, numéro deux du pouvoir au Brésil
Cunha – ennemi politique de Rousseff et allié et camarade de Parti de Temer – a archivé la demande d’impeachment contre le vice-président, présentée par l’avocat Mariel Marley Marra, en prétextant que les accusations n’étaient pas fondées.
Le juge de la Cour suprême a néanmoins ordonné de rouvrir le dossier et de mettre en place immédiatement une commission parlementaire pour l’examiner.
La demande de procès contre Temer est fondée sur le fait que le vice-président a commis un « délit de responsabilité » alors qu’il assumait la présidence intérimaire, en signant quatre décrets pour autoriser des crédits extraordinaires gouvernementaux sans l’aval du Parlement.
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1.-JR_167439: La presidente Dilma Rousseff a dénoncé à plusieurs reprises que la tentative de procès politique (impeachment) contre elle était une tentative de coup d’État.
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