ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Le procès consacré au Plan Condor en Argentine. Les familles des victimes dans l'attente du verdict. Photo: El Clarín

BUENOS AIRES — 33 ans après la fin de la dictature en Argentine, 13 procédures judiciaires et trois audiences orales ont abouti au prononcé du verdict dans le procès de l'Opération Condor. Un procès historique pour son importance en Amérique latine car il reconnaît l’existence du Plan Condor.

Quatorze anciens chefs militaires et des responsables des services secrets argentins et un Uruguayen ont été condamnés le 27 mai à des peines de prison allant de 25 à 8 ans pour leur participation à plus d'une centaine de cas de disparition et autres crimes contre l'humanité, commis il y a 40 ans dans le cadre du Plan Condor, une opération de répression qui visait à éliminer les opposants aux dictatures instaurées dans la région.

Deux des verdicts les plus lourds lus par le juge Oscar Almirante ont été prononcés contre l’ancien chef de la garnison militaire de Campo de Mayo, Santiago Omar Riveros, condamné à 25 ans, et pour le dernier chef de la junte militaire, et à l’époque chef des Instituts militaires, Reynaldo Bignone (1982-1983), à 20 ans.

Ont également été condamnés à 25 ans, l'ancien agent de renseignement, Miguel Angel Furci, et l’Uruguayen Manuel Cordero, tortionnaires au centre de détention installé dans l'atelier Automotores Orletti, l'épicentre de la persécution des Uruguayens en Argentine, où sévissaient des répresseurs des deux pays.

Cordero a été condamné en tant que « complice actif, pénalement responsable de privation de liberté dans 11 cas », selon le verdict. Parmi les cas avérés contre l'ancien officier uruguayen, sa complicité dans la disparition de Maria Claudia Garcia, la belle-fille, alors enceinte, du poète argentin Juan Gelman, décédé en 2014.

La petite-fille de Gelman, Macarena, qui avait été remise à une famille complice de la dictature uruguayenne, a retrouvé son identité en 2000, 23 ans après son enlèvement . Présente au tribunal, elle n'a pas caché sa satisfaction en entendant la condamnation de l'un des responsables de l'assassinat de sa mère.

Sur les 32 accusés d’ « association de malfaiteurs » et de « privation illégale de liberté aggravée par l'application de mauvais traitements » sur un total de 105 cas, seuls 17 sont arrivés en tant qu’accusés à la sentence, deux d’entre eux ont été acquittés.

Les autres inculpés ont été écartés des débats pour des raisons de santé ou sont morts sans connaître le verdict des juges, comme c’est le cas du dictateur Jorge Rafael Videla, qui est mort en prison en 2013, trois mois après le début du procès devant la Cour fédérale.

L’Opération Condor fut une organisation criminelle clandestine de répression régionale articulée entre les dictatures installées en Amérique du Sud dans les années 1970 et la première moitié des années 80. Elle fut coordonnée par les services de renseignement des États-Unis, la CIA.

Le nombre total des victimes de ce plan régional d’extermination des opposants jugés en Argentine s’élève à 457 cas : Sont concernés des citoyens argentins (73), boliviens (14), chiliens (59), paraguayens (23) péruviens (3) et uruguayens ( 164), ainsi que brésiliens (10), et allemands et espagnols.

Le procès fut ouvert en 1999 avec la présentation de l’affaire par un groupe d'avocats devant la justice argentine; après 13 années de longues procédures, les audiences orales ont commencé en mars 2013.

« Et la justice a été rendue. Ce furent des années de batailles acharnées devant les autorités judiciaires pour parvenir au procès des acteurs de ces crimes odieux, mais aussi d’une opération d'extermination qui eut comme axe de coordination le gouvernement des États-Unis », a déclaré à Prensa Latina la politologue argentine, Stella Calloni.

La prestigieuse écrivaine et chercheuse a publié deux livres sur le plan régional de répression et d'extermination: « Opération Condor, Pacte criminel » (2006) et « Les années du Loup: Opération Condor » (1999), des recherches qui ont servi à soutenir les preuves durant le procès.