ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Les manifestations au Venezuela témoignent du degré de radicalisation et d’organisation caractéristique d’une opération de guerre non-conventionnelle.

DÉSOBÉIR aux lois, créer un gouvernement parallèle, organiser des institutions économiques alternatives, harceler des fonctionnaires publics, détruire des bâtiments, saisir des biens, occuper les rues, empêcher des événements sociaux, boycotter les élections, perturber le fonctionnement des écoles, falsifier les identités, rechercher l’emprisonnement, faire la grève de la faim et surcharger les systèmes administratifs de l’État.

Tous ces agissements ne sont que quelques-unes des 198 méthodes visant à renverser des gouvernements, proposées voilà plus de 40 ans par le spécialiste en coup d’État de la CIA, Gene Sharp.

Il s’avère difficile de trouver une seule de ces techniques qui n’ait pas été expérimentée contre la Révolution bolivarienne au Venezuela.

Les dernières années de mandat du président Nicolas Maduro ont été particulièrement intenses pour avoir résisté à la guerre non conventionnelle, sur laquelle s’appuient les doctrines de manipulation psychologique, les manifestations sociales, les coups d’État et la lutte armée.

Contrairement aux affrontements traditionnels, la guerre non conventionnelle se fonde sur le renforcement de l’affrontement entre les autorités et les citoyens, en vue de priver le gouvernement de sa capacité de leadership et de le renverser sans l’intervention de forces militaires étrangères.

Sans doute l’exemple le plus clair est-il l’opération lancée par Washington et d’autres puissances occidentales contre le gouvernement de Mouammar Kadhafi en Libye. Les bandes d’opposition, armées et pilotées depuis l’étranger, se chargèrent de faire le sale travail sur le terrain, alors que l’OTAN les appuyait depuis les airs et que les médias internationaux manipulaient les faits face à l’opinion publique.

LE VENEZUELA, UN CAS D’ÉCOLE

Dès l’éventualité de l’arrivée au pouvoir d’un leader souverain comme le président Hugo Chavez dans ce pays – qui dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole du monde –, la stratégie visant à provoquer sa chute fut mise en marche.

La particratie corrompue de la 4e République étant complètement discréditée, les premières étapes furent consacrées à organiser une nouvelle opposition et capter de jeunes chefs de file. C’est l’Agence des États-Unis pour le développement (USAID) qui se chargea de canaliser les fonds nécessaires à la création des partis et d’entraîner nombre des dirigeants de l’actuelle coalition Table de l’unité démocratique (MUD).

Les manuels des Forces d’opérations spéciales des États-Unis, telle la Circulaire d’entraînement 18-01, définissent sept étapes distinctes dans la guerre non conventionnelle. Les premières sont consacrées à la « préparation psychologique » pour soulever la population contre le gouvernement et au « contact social » des agences et des services spéciaux avec leurs agents sur le terrain. La suite va de l’accroissement des opérations anti-gouvernementales à la « transition », au cours de laquelle le gouvernement national perd le contrôle du pouvoir.

L’échec du coup d’État de 2002 n’a pas suffi à faire renoncer à l’idée de « chauffer la rue ». Chavez dut faire face à des manifestations et à des actes de sabotages en tout genre jusqu’à son dernier jour.

Avant même le décès du leader bolivarien, en mars 2013, et la relève prise par Nicolas Maduro, la droite et ses conseillers avaient activé les étapes les plus agressives de la guerre non conventionnelle, dans l’espoir de donner le coup de grâce à la révolution.

PLUS QUE DES VIOLENCES DE RUE

On peut comparer le niveau de radicalisation des manifestations de ces dernières semaines au Venezuela à celui des guarimbas (violences de rues) qui eurent lieu en février 2014, dont le bilan s’éleva à 43 morts et plus de 800 blessés.

À l’époque, les extrémistes qui s’étaient abrités derrière de soi-disant protestations d’étudiants, avaient tendu des câbles qui avaient décapité des motocyclistes. Les dommages aux biens publics s’étaient élevés à des millions de dollars. Leurs objectifs : semer la panique et paralyser le pays.

Mais cette nouvelle vague de violence se révèle bien mieux organisée et plus étendue. Certaines scènes rapportées depuis ce pays d’Amérique latine défient toute logique.

L’attaque de bandes armées de l’opposition contre l’hôpital maternel infantile Hugo Rafael Chavez Frias, où étaient hospitalisés 54 enfants, pourrait être qualifié de crime de guerre face à n’importe quel tribunal international.

Dans les manifestations incessantes, il est facile d’identifier des groupes organisés, armés de boucliers, de masques à gaz et d’armes blanches. Si ces protestations sont pacifiques, comme l’affirment certains, on peut se demander pourquoi ces jeunes y vont préparés pour livrer une guerre.

Une vidéo publiée récemment par les autorités vénézuéliennes montre une douzaine de jeunes encagoulés préparant des cocktails Molotov durant une marche à Altamira, une zone aisée de l’est de Caracas.

Après la capture de Nixon Leal, un individu violent en relation avec plusieurs dirigeants de la MUD, le vice-président vénézuélien, Tareck El Aissami, a présenté des preuves de la formation des bandes armées aux fins de se lancer dans un affrontement ouvert dans la capitale et d’autres grandes villes du pays, en suivant les étapes de la guerre non conventionnelle.

Les menaces contre les autorités ne sont pas seulement physiques, elles s’attaquent également à leur dignité. L’une des dernières stratégies consiste à utiliser des excréments humains pour fabriquer des bombes appelées « puputovs ».

GUERRE SYMBOLIQUE ET FAUX POSITIFS

La dimension symbolique est l’un des principaux facteurs pour assurer le succès des opérations de guerre non-conventionnelle, notamment à travers la fabrication de la réalité par les médias, plus encore dans des sociétés hyperconnectées où nombreux sont ceux qui utilisent les réseaux sociaux pour savoir ce qui se passe à quelques centaines de mètres de chez eux.

Parfois, avec une intensité plus marquée que dans les rues elles-mêmes, le cyberespace vénézuélien ressemble à un champ de bataille où il est difficile de faire le tri entre les vraies informations et ce que les autorités ont qualifié de « faux positifs ».

Ce mois-ci, la photo de deux jeunes Vénézuéliens nus, attachés à un arbre dans l’État de Tachira, et portant des traces de sévices physiques a fait le tour du monde. Plusieurs médias internationaux, y compris d’Amérique latine, ont rapporté la nouvelle comme le résultat de violences perpétrées par des « bandes » chavistes. Or, il se trouve que ce fait concernait des délinquants communs de la localité, qui avaient décidé de rendre justice eux-mêmes.

La sélectivité de la grande presse internationale sur les faits à rapporter est également utilisée comme une arme d’attaque. Le jour où trois millions de personnes se sont rassemblées pour soutenir le gouvernement de Nicolas Maduro dans les rues de Caracas, les unes des principaux journaux numériques et journaux du monde étaient consacrée aux manifestations de l’opposition, auxquelles l’assistance était beaucoup moins nombreuse.

Dans le cadre de la doctrine de la guerre non-conventionnelle figure également la création de symboles auxquels tout public peut s’identifier. L’image d’une femme vêtue d’un drapeau vénézuélien face à un véhicule anti-émeute de la Garde nationale bolivarienne a été publiée en boucle pour faire d’elle une icône des manifestations.

Autre exemple : le nombre de caméras présentes autour du jeune homme qui jouait du violon durant une manifestation de l’opposition nous amène à douter qu’il s’agissait d’une action spontanée et non d’un montage soigneusement préparé.

LA « SORTIE »

La droite vénézuélienne, traditionnellement fragmentée du fait de ses rancœurs personnelles et ses appétits de pouvoir, est cependant une fidèle adepte du scénario « non conventionnel » prévu par les manuels élaborés à Washington. La violence a été son seul élément rassembleur.

L’appel constant aux manifestations de rue, même si ces rééditions des guarimbas ont coûté la vie à une quarantaine de personnes, ainsi que son refus de participer à l’Assemblée constituante, démontrent une fois de plus que « la sortie » que l’opposition vise pour son pays passe par la destruction de la Révolution bolivarienne, qu’elles qu’en soient les méthodes et les conséquences.

Dans les rues du Venezuela, ce qui est en jeu, c’est bien plus que la poursuite du processus social amorcé par Hugo Chavez, qui a transformé pour toujours la réalité de ce pays au bénéfice des plus démunis.

Le succès de la stratégie de l’opposition établirait une référence néfaste sur l’usage de la guerre non conventionnelle et viendrait s’ajouter à la liste des coups d’État, des interventions militaires et des opérations secrètes qui portent le sceau de Washington en Amérique latine.