ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Hermann Escarrá. Photo: ACN

SELON l’avocat constitutionnaliste vénézuélien Hermann Escarra Malavé, membre de la Commission présidentielle qui prépare

l’Assemblée nationale constituante (ANC), la Révolution joue son va-tout sur cette initiative pour parvenir à la paix, 18 ans après un projet semblable impulsé par le président Hugo Chavez, alors que le pays était en proie à une situation sociale et politique tourmentée, envenimée par la violence de l’opposition.

Hermann Escarra, qui est également co-rédacteur de la Constitution de 1999 – qui a ouvert la voie à la 5e République au Venezuela –, a affirmé que le processus constituant sera très complexe, mais favorable à son pays, car il a la capacité de rassembler les forces chavistes et bolivariennes.

Il a ajouté que le président Nicolas Maduro – qui fut député constituant en 1999 – a pris la décision de la mettre en place et en a décidé le calendrier, ce qui le situe à l’offensive face à une opposition très agressive qui jouit d’un pouvoir économique et hostile plus important et qui se montre particulièrement violente.

À l’époque, Chavez dut faire face à une manifestation de plus d’un million de personnes à la veille du coup d’État en 2002, sans parvenir à le renverser. Aujourd’hui, après plusieurs semaines d’actions violentes et terroristes dans certaines villes du Venezuela, l’opposition a échoué à mobiliser autant de personnes, a-t-il affirmé.

Pour Escarra Malavé, cette fois il s’agit d’une bataille beaucoup plus féroce et compliquée, car en 1999, Chavez avait un tel leadership qu’il était impossible de penser qu’il n’allait pas l’emporter.

Aujourd’hui, nous sommes face à une guerre interne et externe au plan économique qui porte atteinte au pays sur le plan social et crée un malaise collectif, une question dont profite l’opposition, avec un grand sens pratique, pour renvoyer le problème contre le gouvernement, comme quelqu’un qui lancerait une pierre, a-t-il ajouté.

Or, a-t-il signalé, la Révolution bolivarienne joue le tout pour le tout pour parvenir à la paix, et il l’a illustré en se référant à des vers du poème Rosalinda, d’Ernesto Luis Rodriguez, qui décrit une partie de dés durant laquelle un paysan met tout en jeu, jusqu’à la femme dont il est amoureux : « Je joue Rosalinda/ et le dé dans la belle nuit/ m’a rendu tous mes biens ! ». Et il gagne la partie.

Nous répétons souvent que ce qui est en jeu, c’est Rosalinda, autrement dit la Révolution elle-même, a-t-il précisé.

Il a rappelé que les élections pour élire les députés constituants (appelés à rédiger la nouvelle Constituante) auront lieu à la fin du mois de juillet, tandis que le 31 mai, commence le dépôt des candidatures pour élire les 545 membres de l’Assemblée constituante, dont 364 par élection directe et secrète dans des circonscriptions électorales, et 181 élus par secteur, parmi lesquels 8 représentants indigènes, 4 étudiants, 8 paysans et pêcheurs, 5 chefs d’entreprise, 5 personnes handicapées, 28 retraités, 24 conseillers communaux et 79 travailleurs.

Chaque candidat devra recueillir les signatures équivalentes à 3% du total des votants de sa circonscription électorale, qui lui serviront de soutien pour valider sa candidature auprès du Conseil national électoral.

Ce sera une élection par circonscription électorale – qui ne seront pas modifiées – et également par secteur, comme l’avait souhaité Chavez, voilà une vingtaine d’années, ce qui ne fut possible qu’avec les populations indigènes, qui depuis lors ont des représentants à l’Assemblée nationale.

DIFFÉRENCES ET SIMILITUDES

En termes conceptuels, a-t-il expliqué, le processus constituant de 1999 avait pour objectif d’abroger la Constitution précédente et de remplacer le concept de démocratie représentative par celui de participative et « protagonique », à travers des instruments comme les référendums constituants, constitutionnels, consultatifs, révocatoires et abrogatoires.

Il s’agit aujourd’hui d’une nouvelle constitution, mais sur les bases de la doctrine et de la structure de celle de 1999, héritées de Chavez et de la Révolution bolivarienne, a-t-il précisé.

Les députés constituants élargiront les lignes précisées dans la convocation du président Maduro, dont la première est d’instaurer la paix par le biais d’un dialogue émanant du peuple, dans le cadre d’un scénario qui vise la transformation de l’État et la réforme du système juridique, a-t-il signalé.

Parmi les points considérés comme essentiels par l’avocat bolivarien figure l’impulsion, à travers de nouvelles normes juridiques, d’une économie non pétrolière et l’inscription dans la Constitution des programmes sociaux et des missions, des nouveaux acteurs comme les communes et les conseillers communaux, dans le renforcement de l’État social afin d’inclure dans la Loi fondamentale la forme socialiste d’organisation de la société.

Lorsque nous avons rédigé la Constituante de 1999, nous avons agi en humanistes et en poètes, mais nous avons manqué de sens pratique pour établir des instruments et des mécanismes de défense de la Constitution. Nous ne sommes jamais posé la question d’un éventuel coup d’État, comme cela s’est produit en 2002 , ou d’éventuelles ruptures de l’ordre constitutionnel, d’où la nécessité de protéger la Loi des lois, a-t-il déclaré, en affirmant que la structure de la Constitution ne sera pas modifiée.

UN PROCESSUS LÉGAL ET TRANSPARENT

Depuis que le président Nicolas Maduro a convoqué la Constituante le 1er mai dernier, en invoquant l’article 348 de l’actuelle Constitution, nombreuses ont été les critiques de l’opposition, qui a même qualifié le processus de « coup d’État » et de « dictateur » le président, en ignorant complètement ce qui est établi par la Loi.

Selon l’avocat, qui est membre de la Commission présidentielle, les quelques-uns qui ont critiqué la Constituante depuis le Tribunal suprême de justice, ne le font pas correctement. Ils prétendent que ce n’est ni pertinent ni approprié aux moments que nous vivons, et qu’il faudrait agir dans une autre direction, alors qu’il faut comprendre ce processus comme une voie pour atteindre la paix, a-t-il déclaré.

Pourquoi ne pas effectuer un référendum pour savoir si le peuple veut ou non la constituante est un autre des questionnements ? Ce à quoi l’avocat bolivarien répond qu’il existe quatre possibilités pour convoquer à ce processus : avec 15% du peuple ; les deux tiers des municipalités en séance publique ; les deux tiers des membres de l’Assemblée nationale, ou le président du Conseil des ministres. Cependant qu’elle qu’ait été l’initiative, aucune n’avait de raison de soulever l’idée d’un référendum.

Et d’ajouter que l’interprétation constitutionnelle peut être très diverse, mais celle qui prévaut est l’« originale », celle qui fut élaborée en 1999. Lorsque l’on examine les procès-verbaux de son élaboration, on découvre qu’à deux occasions, la possibilité de convoquer un référendum pour appeler à la Constituante a été proposée et dans les deux cas, le plenum de l’Assemblée a refusé cette option.

À propos de ce que l’on attend de l’Assemblée constituante – qui sera assermentée dans les 72 heures suivant les élections –, il a signalé que les députés constituants travailleront en commission pour apporter les modifications nécessaires à la Constitution, sous la direction d’un président qui sera élu lors de la première session plénière.

Il a souligné l’importance de l’élection du président de l’Assemblée constituante, car celui-ci détiendra davantage de pouvoirs que tout autre président dans l’histoire républicaine du Venezuela. En effet, il sera investi du pouvoir constituant originaire, avec un mandat sur tous les pouvoirs du pays : législatif, exécutif, judiciaire, etc., et sera le supérieur hiérarchique des Forces armées, détenant des prérogatives allant jusqu’à la possibilité de destituer le président de la République.

Il a reconnu que l’un des défis fondamentaux de la situation du pays aujourd’hui passe par gagner la bataille d’opinion, alors que l’opposition n’hésite pas à déformer la réalité, à répandre des mensonges et à manipuler l’opinion publique à travers les réseaux sociaux et les médias internationaux de droite, pour passer sous silence les 1,6 million de maisons remises au peuple par le gouvernement, ce qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire du Venezuela.

À la question de savoir si l’opposition se joindra à la Constituante, il a reconnu que tous ne se sont pas manifestés favorablement, mais que les 17 qui participent à la Table de l’Unité démocratique l’ont déjà fait « et nous avons des nouvelles que certains des plus votés – y compris les plus violents – sont prêts à s’assoir à la table de dialogue ».

Avant de conclure notre entretien, Hermann Escarra s’est dit prêt à intégrer pour la deuxième fois l’Assemblée nationale constituante

« Ce n’est pas un problème de foi ou d’espoir dans la victoire de juillet. Il s’agit pour nous de travailler dur, car le temps presse, même si dans ce même laps de temps le Libertador Simon Bolivar avait réalisé la Campagne admirable et libéré l’ouest du pays durant la Guerre d’indépendance », a-t-il indiqué.

Peu avant de prendre congé, hors micro, un prénom a surgi : Carlos. Et c’est alors qu’il a évoqué les souvenirs et l’œuvre de son frère, un député, chaviste convaincu, militant du Parti communiste et du Parti socialiste uni du Venezuela, décédé voilà un peu plus de cinq ans, alors qu’il était Procureur général de la République.

Hermann Escarra Malavé n’a pas hésité à nous confier que Carlos, comme lui, serait aujourd’hui au cœur du processus constituant et qu’il soutiendrait la Révolution bolivarienne.

« Il nous reste à faire maintenant notre Campagne admirable », a-t-il dit avant d’affirmer que, dès son retour à Caracas, il se lancera dans cette bataille de toutes ses forces. « Nous n’avons pas le droit de flancher, car notre Rosalinda est en jeu, la Révolution bolivarienne », a-t-il conclu.

* Sous-directeur de l’Agence cubaine de nouvelles.