ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

NICOLAS Maduro a joué le tout pour le tout. « Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il tonne, il y aura une Assemblée constituante », avait déclaré le président vénézuélien. Et c’est arrivé.

Le 30 juillet 2017 sera inscrit comme une date historique, non seulement pour la révolution bolivarienne, qui a triomphé il y a moins de 20 ans, mais pour cette nation enfin délivrée après plus de 200 ans de luttes pour son indépendance et son autodétermination.

De cette journée d’élections, nous pouvons tirer plusieurs leçons pour comprendre le complexe scénario que vit ce pays, et la possible évolution des événements.

1. Le Venezuela a sa Constituante. Malgré le boycott de la droite et les manœuvres internationales à son encontre, le soutien de plus de 8 millions de Vénézuéliens aux urnes dote de légitimité le mécanisme constitutionnel lancé par le gouvernement bolivarien. Le pari de l’opposition était d’empêcher coûte que coûte la Constituante, mais elle a échoué. À présent, ils courent le risque de se retrouver en marge de l’Assemblée chargée de façonner l’avenir du pays, même si nombreux sont ceux qui insistent sur la nécessité d’un dialogue pour retrouver le chemin de la paix.

2. Le scrutin s’est déroulé dans un calme relatif. Les chiffres des personnes tuées durant la journée du dimanche diffèrent selon les sources. La plupart parlent d’au moins dix victimes mortelles. Mais, par rapport à plus d’une centaine de morts recensés ces derniers mois, dont certains brûlés vifs par l’opposition, le bilan de l’élection de la Constituante n’a pas été, tant s’en faut, le « bain de sang » annoncé par certains analystes internationaux.

3. Les Forces armées sont engagées envers l’ordre constitutionnel. Le plan déclenché pour préserver l’intégrité des bureaux de vote, où plus de 230 000 effectifs ont été déployés, a joué un rôle clé pour garantir l’exercice démocratique des Vénézuéliens. Par ailleurs, il a prouvé qu’à la différence du passé, les actuelles Forces armées bolivariennes du Venezuela sont très attachées à l’ordre constitutionnel et qu’elles sont les principales garantes de la stabilité du pays.

4. La droite est moins forte qu’il n’y paraissait. La Table de l’unité démocratique (MUD), principale instigatrice de la violence, avait promis de lancer la « mère de toutes les manifestations » pour empêcher la Constituante. Le faible pouvoir de convocation et de mobilisation dont elle a fait preuve dans les jours qui ont précédé les élections et l’impuissance de ses dirigeants face à la démonstration populaire du dimanche 30 juillet confirment qu’ils ont sous-estimé ses forces.

5. Les grands médias de l’information se sont retrouvés sans informations. La situation au Venezuela était, jusqu’à dimanche, l’un des sujets les plus récurrents dans l’agenda médiatique internationale. Des centaines de journalistes des plus importantes chaînes sont stationnés dans ce pays d’Amérique du Sud. Cependant, lorsque la réalité s’est avérée différente à la couverture qu’ils avaient préparée (une bataille rangée et le début d’une guerre civile), ils ont observé un silence révélateur. Ils se sont bornés à fournir des informations tangentielles, et pratiquement aucun de ces médias, à ce jour, n’a dressé un bilan du vote massif de huit millions de Vénézuéliens qui ont dû traverser des fleuves ou passer une nuit blanche pour pouvoir exercer leur droit de vote.

6. La participation a dépassé les attentes. Au milieu de la polarisation du pays et de l’instabilité provoquée par la droite, le nombre de Vénézuéliens qui sont allés voter ne figurait pas dans les plans de l’opposition et de ses sponsors internationaux. Même les autorités bolivariennes ont reconnu ce chiffre comme une agréable surprise. Pour donner un point de comparaison, signalons que les 8 millions de voix du dimanche 30 juillet dépassent les 7,7 millions obtenues par la MUD aux élections législatives qui lui avaient assuré le contrôle de l’Assemblée nationale en 2015.

7. Il existe une stratégie concertée pour ignorer le processus démocratique au Venezuela. Les États-Unis, l’Espagne et plusieurs pays d’Amérique latine, dont le Mexique, la Colombie, l’Argentine, le Paraguay, le Guatemala et le Panama n’ont même pas attendu le résultat des élections pour se prononcer contre et annoncer leur refus de reconnaître la nouvelle Assemblée constituante.

8. Les États-Unis s’activent pour déstabiliser le Venezuela. Avant les élections, Washington avait imposé des sanctions a 13 fonctionnaires bolivariens dans le but d’intimider le gouvernement à l’approche du jour J. Après avoir pris connaissance des résultats, ils ont adopté une autre série de représailles, y compris contre le président Nicolas Maduro. Certains médias étasuniens spéculent sur d’éventuelles sanctions contre le secteur pétrolier vénézuélien, qui est depuis le début dans le collimateur de la Maison-Blanche.

9. Un groupe important de citoyens a accordé un nouveau vote de confiance au chavisme. Au milieu de la guerre économique, de la chute des cours internationaux du baril de pétrole et de la déstabilisation interne, le soutien populaire dont il a bénéficié montre jusqu’à quel point les transformations amorcées par Hugo Chavez sont ancrées dans le peuple. Il est difficile de penser qu’un autre gouvernement de l’histoire vénézuélienne ait pu résister à un assaut semblable.

10. La Constituante ne peut toutefois, à elle seule, résoudre des problèmes de fond comme la crise économique, l’inflation, les ruptures d’approvisionnement et la violence. Cependant, les pouvoirs constitutionnels dont elle est investie apparaissent comme une plateforme pour appeler au dialogue les différents acteurs de la vie politique et sociale du pays, rendre la justice face aux crimes commis par les secteurs violents et remettre une nouvelle fois le pays sur la voie du progrès et de la paix.