ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Une rose rouge et le sigle de la Force alternative révolutionnaire commune, le nouveau parti politique issu de la principale guérilla de Colombie. Photo : LAS2ORILLAS

FORCE alternative révolutionnaire commune. Tel est le nom du nouveau parti avec lequel les anciens guérilleros colombiens veulent se lancer dans l’arène politique, sans perdre les sigles sous lesquels ils ont combattu dans les montagnes, les plaines et les jungles pendant plus d’un demi-siècle.

Le nom choisi va bien au-delà des formalités et lance un message clair quant à ses objectifs à la suite de l’accord historique atteint à La Havane.

Le 1er Congrès des guérilleros depuis leur retour à la vie civile, tenu récemment à Bogota, la capitale, ne visait pas seulement à définir la nomenclature du parti, mais sa structure et la stratégie à suivre face à leur prochaine échéance électorale : les élections législatives et présidentielles de l’année prochaine.

Cependant, le débat sur le nom de la formation politique a fait la une des journaux. Certains considéraient qu’avec la fin du conflit, il était peut-être temps de remplacer son ancien sigle et d’opter pour une rénovation. Nueva Colombia (Nouvelle Colombie) et Esperanza Popular (Espérance populaire), figuraient parmi les noms proposés, mais aucun n’a été retenu.

La majorité a décidé de lancer leur parti Force alternative révolutionnaire commune en gardant le même acronyme Farc des anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie.

Pour une partie du pays, ce sigle est chargé de souvenirs, de mort et de souffrance. Mais les anciens guérilleros ont voulu préserver un symbole de la lutte révolutionnaire qu’ils ont livrée depuis les temps de Marquetalia, lorsque ce mouvement est né sous le leadership de Manuel Marulanda.

C’est aussi un message clair qu’ils n’ont pas renoncé aux objectifs pour lesquels ils ont pris les armes voici plus de 50 ans, mais qu’ils veulent les atteindre par d’autres moyens. La rose rouge s’inscrit dans cette même logique.

Ils aspirent à ce que la paix, dans la mesure où elle aide à guérir les blessures de la guerre. Puisse réparer tous les stigmates accumulés pendant des années de propagande négative.

Et le cheminement a commencéà se faire. Il y a quelques jours, plus de 1 200 délégués au Congrès des FARC se sont réunis sur l’emblématique Place Bolivar. Pour nombre d’entre eux, c’était la première fois qu’ils se rendaient dans la capitale sans avoir à se cacher de la police ou des militaires. C’était aussi la première fois que les habitants de Bogota voyaient tant d’ex-guérilleros ensemble sans avoir à allumer leur téléviseur.

Le Congrès, qui a duré un peu plus d’une semaine, est convenu que le parti regroupera divers courants révolutionnaires et progressistes, y compris la pensée bolivarienne, et comptera parmi ses priorités le travail au sein des communautés.

De fait, le mot « commune » fait référence aux cellules de travail dans les communautés et les quartiers de la Colombie profonde, où se jouera le destin du de cette formation politique, même si aux prochaines élections législatives l'accord de paix garantit à l'ex-guérilla au moins dix sièges au Parlement.

En plus d’avoir leur propre organisation et leadership – assumé par Timoleon Jiménez, mais réparti de manière collective, de manière très similaire à l’ancien secrétariat –, les FARC veulent former une grande coalition de mouvements sociaux et de partis progressistes qui garantisse l’application de l’accord de paix et efface les menaces guerrières de l’extrême droite et du paramilitarisme.

Même si le chemin s’annonce rude, la Force alternative révolutionnaire commune voit le jour à un moment où les partis politiques traditionnels souffrent d’un discrédit général. Selon l'institut de sondage Gallup, les FARC avaient plus de possibilités que n’importe quelle autre formation politique colombienne. Même si cette donnée à elle seule ne leur garantit pas l’accès au Palais de Nariño, c’est un signe de la nécessité d’entendre des airs nouveaux dans la politique colombienne, même s’ils viennent accompagnés de noms à longue histoire.