ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

ROSEAU. — La Dominique a dû être belle. Ici, la mer vient se briser contre des montagnes de 1 000 mètres d’altitude et des plages de sable noir s’étendent au pied de ses versants moins abrupts. Les principales villes, y compris la capitale, se sont installées sur les rives de l'une des 365 rivières qui descendent de la cordillère centrale jusqu'à la côte.

La vague de la modernisation de l'aluminium et du verre a peu marqué l'île. L'architecture créole prédomine. Adaptée des styles coloniaux français et britanniques, elle éloigne le soleil et permet d’avoir une vue sur les Caraïbes.

Tout au long de ces derniers siècles, les maisons aux teintes pastel ont grimpé les versants des montagnes à la recherche de la brise tropicale, qui heureusement arriver de la mer la nuit pour atténuer la chaleur.

Ce paysage paradisiaque a changé pour toujours le 18 septembre dernier, lorsque les vents de l'ouragan Maria ont balayé l'île à plus de 250 kilomètres/heure. Désormais, la Dominique et ses 72 000 habitants sont confrontés au défi de tout recommencer, de repartir quasiment de zéro.

« Je n'ai jamais vu autant de destruction nulle part au monde », a déclaré le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, après avoir parcouru dimanche dernier des forêts entières sans une seule feuille verte.

« L'intensité des ouragans en cette saison n'est pas un accident, mais le résultat du changement climatique », a déclaré M. Guterres, ajoutant qu'il existe des preuves scientifiques sur la relation entre le réchauffement climatique et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes.

Les toits légers, efficaces pour isoler de la chaleur, n’ont pas résisté face à la violence des vents de Maria. Huit personnes sur dix ont perdu leur maison, parmi lesquelles plus de 20 000 enfants, selon les chiffres de l'Unicef.

UN DUR CHEMIN À PARCOURIR

« Les mois à venir seront difficiles pour La Dominique », a déclaré le premier ministre Roosevelt Skerrit et il a exhorté ses compatriotes à s'unir pour reconstruire le pays.

Cependant, nombreux sont ceux qui décident de quitter l'île, du moins jusqu'à ce que la situation s'améliore.

Depuis le terminal des ferries de Roseau, un ou deux bateaux, d’une capacité de 300 passagers, quittent le port chaque jour pour les îles voisines.

« Je vais passer quelques temps dans ma famille », a déclaré Roose à Granma International peu de temps avant d'embarquer à Sainte-Lucie. Elle raconte qu’elle a perdu son emploi de nourrice dans la capitale et qu’elle ne trouve rien d’autre. « Peut-être qu'en janvier ou février la situation sera meilleure. »

À propos de l'aide reçue après l'ouragan, Roose estime que le gouvernement « fait de son mieux », mais des problèmes persistent dans la distribution des secours.

Les autorités affirment qu'elles disposent de la quantité d'eau et de nourriture nécessaire. Des mécanismes permettant aux citoyens de signaler toute irrégularité ont été mis en place et le Premier ministre a appelé les citoyens à s'adresser à leurs représentants parlementaires pour signaler tout cas de corruption.

En outre, des organes de surveillance des prix ont été activés pour éviter la spéculation et empêcher que les entreprises ne tirent profit de la catastrophe.

La vague d’émigration croissante ne préoccupe pas trop les Dominicains, habitués à voir arriver et partir des milliers de personnes selon la façon dont souffle le vent de l'économie.

Par ailleurs, de nombreux étrangers se sont installés sur l'île à la recherche d'opportunités. Styler est né en République dominicaine et travaille comme coiffeur à Portsmouth depuis dix ans. « La solution pour moi a été d’anticiper mes vacances parce que sans électricité, je ne peux pas travailler », a-t-il dit au journal. « Je reviendrai et je suis sûr que d'autres le feront aussi. Ce qui se passe, c'est qu'ils ont besoin d'argent pour reconstituer ce qu'ils ont perdu. »

Johana, qui vit à Saint-Joseph, se souvient qu’un phénomène semblable s'est produit après le passage de David en 1979, puis la plupart de ceux qui étaient partis sont revenus en Dominique.

Anet était également au terminal de ferries pour recevoir un colis d’aide humanitaire de Sainte-Lucie. Assise près de sa fille, âgée de 13 ans, elle se garde bien de critiquer ceux qui prennent la décision de partir, mais elle se demande qui va nettoyer les rues et remplacer les toitures arrachées par l'ouragan. « Si tout le monde s’en va, la Dominique ne parviendra jamais à se relever. »

UNE LENTE RÉCUPÉRATION

Trois semaines après le passage de l’ouragan, les équipements lourds commencent à arriver et les principales villes du pays retrouvent une certaine vitalité. L'électricité est revenue dans certaines parties de Roseau et de Portsmouth, mais pas pour la grande majorité de la population.

La restauration des infrastructures routières est l’un des secteurs qui a progressé le plus rapidement.

Selon le gouvernement, il est désormais possible d'envoyer de l'aide par voie terrestre dans les principales communautés. Cependant, des dizaines de ponts ont été détruits et les glissements de terrain restent un risque pour les véhicules.

Quant à l’attention hospitalière, à laquelle collaborent des dizaines de médecins cubains, elle est restée active, malgré les graves dommages enregistrés. Les patients les plus graves sont transportés par hélicoptère vers les pays voisins qui ont accepté de les recevoir.

L’éducation est un autre des secteurs prioritaires pour le gouvernement. Le premier ministre a annoncé que vers le 15 octobre, 14 écoles primaires devraient rouvrir leurs portes.

Il est indispensable d’assurer la sécurité, les conditions d'hygiène et l'accès à l'eau avant le retour des élèves. Le gouvernement a donc mis en place un programme progressif de réouverture des écoles les moins touchées, tandis que des bâtiments temporaires seront installés dans les plus endommagées.

Cependant, le retour à la normale prendra des mois, notamment pour les niveaux de classe les plus élevés, car beaucoup de collèges et de lycées sont utilisés comme refuges pour les sinistrés et d'autres sont désormais inutilisables.

Pour Daniel, 16 ans, il n’est pas question d’attendre si longtemps : il a décidé d'aller à Saint-Kitts-et-Nevis pour poursuivre ses études.

Comme ses camarades de classe, il devra bientôt se présenter à des examens difficiles pour trouver du travail ou entrer à l'université.

« Je vais continuer là-bas et dès que cela sera possible, je reviendrai. Pour l'instant, il m’est impossible d’étudier ici », a-t-il dit à Granma.

Le gouvernement travaille avec les pays voisins pour faciliter le processus de transition de ses étudiants et pour homologuer les résultats obtenus.

« Les choses ne vont pas à la vitesse que nous le souhaiterions tous, mais elles avancent…», a déclaré Skerrit. De son avis, il est temps de passer du stade de l'assistance aux personnes sinistrées à la reconstruction du pays.

UN EXEMPLE POUR LE MONDE

Malgré le niveau de destruction auquel elles doivent faire face, les autorités locales estiment qu’il est possible de sortir renforcés de cette épreuve.

Skerrit a déclaré que la reconstruction de la Dominique devrait se faire sur des bases plus solides, en utilisant des matériaux résistants aux vents et aux inondations, ainsi que des infrastructures plus sûres.

Ses plans dépendent en grande mesure de l'aide étrangère, en particulier des pays développés et des centres financiers internationaux.

Lors d'une visite en Dominique, le Secrétaire général des Nations Unies a demandé à la communauté internationale de concevoir de nouveaux mécanismes d'aide financière pour reconstruire l'île, ainsi que les pays frappés par Irma et Maria.

Or, les Nations Unies, rencontrent des difficultés à réunir les 114 millions de dollars dont elles ont besoin pour l'aide d'urgence aux pays de la Caraïbe.

Après avoir vécu la plus grande catastrophe naturelle de son histoire, le rêve du gouvernement est ambitieux : une Dominique qui renaîtrait comme le premier pays armé contre le changement climatique et ses effets dévastateurs.

« Nous pouvons être un exemple pour le monde », a conclu Roosevelt Skerrit.