Qu'implique la confirmation de la condamnation de Lula ? › Monde › Granma - Official voice of the PCC
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Le mercredi 24 janvier, Lula participait à un meeting alors que le tribunal débattait de sa condamnation. Photo: Reuters

BRASILIA. — Le Tribunal fédéral régional de la quatrième région (TRF4), dont le siège se trouve dans la ville de Porto Alegre, a confirmé et alourdi la sentence prononcée par le juge Sergio Moro à l’encontre de l'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva.

Les trois juges chargés d'examiner le pourvoi en appel présenté par la défense de l'ex-président ont rejeté à l’unanimité les arguments de la défense et ont soutenu le vote du rapporteur du procès Joao Pedro Gebran Neto, qui a même alourdi à 12 ans et un mois de prison la peine prononcée par Moro (neuf ans et six mois de prison).

Toutefois, la Cour a averti qu'elle ne délivrerait pas de mandat d’arrêt tant que l'ancien président n'aurait pas épuisé son dernier recours, ce qui indiquerait que Lula, favori pour les élections de cette année, peut encore présenter des recours en sa faveur.

Nombreux sont ceux qui considèrent cette décision comme une manœuvre stratégique visant à empêcher Lula de se présenter aux élections présidentielles de cette année et à l’écarter de la scène politique, comme ce fut le cas pour Dilma Rousseff en 2016.

À travers ses réseaux sociaux, l'ex-président a signalé : « La seule chose dont je suis sûr, c'est que ce n'est que le jour où je mourrai que j'arrêterai de me battre. »

QUE SE PASSE-T-IL À PRÉSENT ?

La décision ayant été rendue à l'unanimité (3-0), les avocats de la défense ne pourront demander des explications que sur certains points du rapport, à travers des recours, selon les analystes locaux.

La requête devait être déposée jusqu'à deux jours après la confirmation de la peine.

Une fois les recours épuisés, ils pourront alors saisir la Cour supérieure de justice et le Tribunal fédéral (STF).

LULA POURRA-T-IL SE PRÉSENTER À LA PRÉSIDENCE ?

Jusqu'à la décision finale, la défense de l'ancien président dispose de plusieurs moyens pour retarder le procès et empêcher que Lula ne soit considéré comme inéligible le jour de l'inscription des candidats (15 août) aux élections présidentielles du mois d’octobre.

Pour que le Tribunal électoral brésilien – le Tribunal électoral supérieur – considère que Lula n'est pas éligible, tous les recours en deuxième instance doivent avoir été épuisés et ni le STJ ni le STF ne peuvent avoir rendu de jugements arrêtant l'effet de la sentence.

SAGA D’UNE PERSÉCUTION

2016

29 janvier : Le Ministère public de Sao Paulo cite Lula à comparaître pour un soi-disant blanchiment d'argent. L'affaire porte sur un appartement dans la station thermale de Guaruja, qui aurait été remis à Lula dans le cadre d'une démarche illicite.

Fin février : Lula présente sa défense par écrit au Ministère public de Sao Paulo.

4 mars : La police lance une perquisition et saisit des documents à son domicile, puis elle le force à faire sa déposition de manière coercitive.

9 mars : Le bureau du procureur dénonce l'ancien président et son épouse Marisa Leticia Lula da Silva pour blanchiment d'argent et dissimulation d'avoirs liés à l’opération « Lava Jato », une affaire de corruption à Petrobras dans laquelle on tente d’impliquer exclusivement le PT, mais qui éclabousse tous les partis politiques du pays.

14 mars : L'affaire Lula est transférée au juge Sergio Moro, responsable de l'opération Lava Jato.

16–18 mars : La présidente brésilienne Dilma Rousseff nomme Lula ministre de la Casa civil (Administration civile) du Brésil, et il prend ses fonctions le 17 mars. Toutefois, un juge du Tribunal fédéral suspend sa nomination.

29 juillet : Un juge accuse Lula d'entrave à la justice.

31 août : La destitution de la présidente Rousseff met un terme aux 13 ans du PT au gouvernement.

20 septembre : Le juge fédéral Sergio Moro accepte l'accusation portée contre Lula, évoquant l'existence d'indices matériels de responsabilité suffisants.

13 octobre : Une autre plainte contre Lula est acceptée, en l’occurrence pour crime organisé et blanchiment d'argent.

16 décembre : Un juge accepte d'ouvrir un nouveau procès contre Lula, cette fois pour trafic d'influence, blanchiment d'argent et association de malfaiteurs.

19 décembre : Un autre chef d’accusation est retenu contre Lula, pour corruption et blanchiment d'argent dans l’enquête dite Lava Jato.

2017

14 mars : Lula dénonce à Brasilia la mise en œuvre d’une campagne de dénigrement visant à bloquer sa candidature à l'élection présidentielle de 2018.

10 mai : Lors d'un interrogatoire devant le juge Moro, Lula nie les accusations portées contre lui, et après la réunion, l'ancien président s'adresse à ses partisans et déclare : « Si l'élite de ce pays ne sait pas comment le réparer, elle devra peut-être faire appel à un métallo n’ayant que des études primaires pour le faire ».

12 juillet : Le juge Moro condamne Lula à neuf ans de prison, l’estimant coupable d'avoir accepté 3,7 millions de réais (1,1 million d'euros), sous la forme de travaux de rénovation de l’appartement situé dans la station balnéaire de Guaruja,

12 septembre : Lula est accusé d’avoir favorisé les entreprises privées du gouvernement en échange de fonds pour le Parti des travailleurs (PT).

13 septembre : L’ancien président comparaît une nouvelle fois devant le juge Moro, qu'il accuse d'avoir orchestré une « chasse aux sorcières » contre lui.

2018

24 janvier : La sentence de Moro à l’encontre Lula est confirmée par trois juges de deuxième instance, qui alourdissent la peine de prison requise contre Lula, de 9ansetdemieà 12 ans et un mois de réclusion.