Pourquoi la société civile cubaine défend-elle son système politique ? › Monde › Granma - Official voice of the PCC
ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Des organisations telles que la Fédération des étudiants universitaires, qui, avant la Révolution, vivaient en conflit constant avec le gouvernement, font maintenant partie de la construction de la société et leurs intérêts sont présents dans la prise de décision politique. Photo: Ariel Cecilio Lemus

LA société civile est l'antipode du gouvernement. C'est du moins l'idée que tentent d’imposer les axes hégémoniques.

Ce qu'ils ne mentionnent quasiment jamais, c'est l'origine de la contradiction entre les organisations librement et spontanément créées par les citoyens et le système politique censé les représenter.

On évite de dire que la lutte naît de modèles politiques conçus pour garantir les intérêts d'une minorité et préserver les privilèges de la classe dirigeante.

Mais que se passe-t-il lorsqu'un système naît des majorités et les représente pleinement ? Doit-il y avoir nécessairement des contradictions insurmontables avec les organisations de citoyens ?

Dans le cas de Cuba, la plupart des institutions de la société civile sont issues du et avec le processus révolutionnaire, sans que cela n'implique un motif de conflit.

« Notre État est un État du peuple et pour le peuple, qui veille aux intérêts du peuple », a déclaré à Granma international José Alexis Ginarte Gato, président de l'Union nationale des juristes de Cuba (UNJC). « C'est le peuple qui détient le pouvoir politique », a-t-il souligné.

Et d’ajouter que dans les structures de gouvernement à tous les niveaux, il existe une composition à multiples facettes où les paysans, les femmes au foyer, les intellectuel, les enseignant, les médecins, les ouvriers sont représentés.

« Il s'agit d'une structure qui permet à l'État d'être représenté par un peuple qui a le pouvoir en soi, un peuple qui, à tout moment, porte en lui le désir de consolider son système social et de le défendre », a-t-il ajouté.

De même, a-t-il dit, il existe des institutions représentant certains secteurs ou groupes, comme l’UNJC elle-même, créées dans le but d’assurer le perfectionnement professionnel et d'améliorer les services fournis par les juristes à la société.

Ginarte Gato a précisé que la clé pour éviter les conflits entre ces organisations et le gouvernement est d'abord et avant tout qu'elles sont issus du « peuple », même si elles veillent à des 'intérêts spécifiques. Deuxièmement, leurs objectifs correspondent à des intérêts sociaux et ne contredisent donc pas l'État, qui leur assure un soutien dans l'exécution de leur travail.

« Le système politique cubain a la capacité de générer une représentation dans de larges secteurs de la société civile et de les intégrer dans la prise de décisions », a déclaré à ce journal Yuri Pérez, vice-doyen de la Faculté de Droit de l'Université de La Havane.

« Cela ne veut en aucun cas dire que des arguments ou des critères divergents ne peuvent apparaître à aucun moment ou sur aucune question spécifique », a-t-il ajouté.

Pérez estime que l'un des avantages du modèle cubain est le droit des citoyens d'intervenir dans la gestion de l'État, qui est consacré par l'Article 131 de la Constitution.

« Quand on examine sémantiquement le terme intervention, il dénote toujours une participation active, car du point de vue de la participation, il est possible de participer passivement », a-t-il expliqué.

Pour le vice-doyen de la Faculté de Droit, la capacité d'intervention est directement liée à l'Article 3 de la Constitution : « Dans la République de Cuba, la souveraineté réside dans le peuple, duquel émane tout le pouvoir de l’État. Ce pouvoir est exercé directement ou à travers l’Assemblée du Pouvoir populaire et divers organes de l’État qui dérivent de celle-ci, dans la forme et selon les règles fixées par la Constitution et les lois. Tous les citoyens ont le droit de combattre par tous les moyens, incluant la lutte armée, lorsqu’il n’est pas possible d’avoir un autre recours, contre quiconque tente de renverser l’ordre politique, social et économique établi par cette Constitution. »

Même si Cuba n’est pas un cas unique, c'est un bon exemple de tout ce qui peut être fait lorsque le gouvernement et la société travaillent ensemble pour élaborer et mettre en œuvre des politiques qui ont été débattues démocratiquement et approuvées par les majorités.

Et les progrès ne se limitent pas au secteur public, les travailleurs du secteur privé bénéficiant des mêmes avantages.

Jorge Gutiez Sanchez, représentant syndical des travailleurs non étatiques dans le quartier de 100 y Boyeros, a parlé à Granma International des garanties sociales dont bénéficient les travailleurs à leur compte.

« Nous sommes reconnaissants pour tout ce que le gouvernement cubain a mis en place pour nous depuis que cette forme de gestion a été créée », a-t-il affirmé après avoir expliqué que la formation humaniste de la Révolution est basée sur le fait que l’on juge les gens sur leurs principes et non sur l'argent qu'ils possèdent.

« Nous avons une vaste société civile et nous soutenons notre gouvernement pour tout ce qu'il a fait pour nos familles, pour nos sources d'emploi », a-t-il indiqué.

Gutiez est l'un des délégués cubains qui assistera au Forum de la société civile au prochain Sommet des Amériques prévu à Lima, au Pérou.

« Dans n'importe quel contexte, nous pouvons débattre franchement de tout ce dont nous avons bénéficié depuis de nombreuses années à Cuba », a-t-il indiqué. « Nous sommes investis de l’autorité morale pour défendre l'existence d'une société civile prête à dialoguer, même si nous ne sommes pas d'accord avec certaines positions, mais toujours sur la base du bien-être et du respect de notre peuple », a-t-il dit.

Bien que les luttes populaires et les violations des droits fondamentaux des citoyens constituent aujourd’hui le principal centre de préoccupation de la région, le Forum organisé par l'OEA est manipulé pour tenter d’imposer certaines formules et modèles politiques de société.

« Comme Cuba l'a dénoncé, c'est aussi un espace pour essayer de légitimer des gens payés de l'étranger en tant que représentants d'une société qu'ils ne représentent pas et qui n’ont donc aucun droit pour nous juger. »

« La société civile cubaine ne partagera aucun espace avec des individus et des organisations mercenaires financés de l'étranger et répondant aux intérêts d'une puissance étrangère et porteurs d’un programme de subversion et de violence », a affirmé quant à elle Yamila Gonzalez Ferrer, vice-présidente de l'UNJC et représentante de la coalition 15, qui regroupe la plupart des délégués cubains au Forum du Sommet des Amériques.

« Ils viennent dans ces espaces pour provoquer, chercher une légitimité et une reconnaissance qu'ils n'ont pas dans la société cubaine, ce qui est absolument inacceptable pour nous », a-t-elle conclu.

Ceux qui essaient encore d'ignorer nos vrais représentants en raison de leur prétendue affiliation avec le gouvernement ignorent que ce fut le processus révolutionnaire du 1er Janvier 1959, qui a conquis la souveraineté de la nation, sans laquelle il serait impossible de représenter légitimement le peuple cubain au Pérou et où que ce soit dans le monde.