ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Le président des États-Unis a inventé plusieurs concepts dans le domaine juridique, affirmant qu' « un crime n'est pas un crime », en allusion aux accusations de Cohen. Photo: CNN

MICHAEL Cohen, un avocat radié du barreau, a ouvert la boîte de Pandore : le 27 février, il a reconnu sa propre culpabilité et celle de son client Donald Trump devant le Congrès de son pays. Cela nous rappelle l'informateur secret surnommé « Gorge Profonde » qui avait permis à deux journalistes du Washington Post de faire éclater le scandale du Watergate à l'origine de la chute du président Nixon en 1974.

Cohen, 51 ans, a mis Trump au pilori en ce début 2019, une année que le New York Times a qualifiée de « critique » pour l’actuel président en raison de la victoire démocrate à la Chambre des représentants et des soupçons désormais renforcés selon lesquels le président aurait accédé au pouvoir après avoir enfreint les lois sur le financement électoral.

Craignant pour la vie de sa famille, à qui il interdit de descendre dans la rue, Cohen a également invoqué des menaces de mort proférées à son encontre par l’actuelle administration, marquée par une présidence qui s'enfonce de plus en plus dans cette odeur fétide décrite par Shakespeare dans sa pièce Hamlet, et qui envahissait le Danemark.

MENTIR OU NE PAS MENTIR, TELLE EST LA QUESTION

Donald Trump a brisé le silence en accusant Cohen d'avoir inventé des histoires contre lui afin d'obtenir un accord de négociation de peine. C'est une tactique bien connue dans l'action politique du président, qui a changé la perception du réel chez ses partisans, en qualifiant de fausses nouvelles tout ce qui ne lui convient pas.

Cohen a dit vouloir sauver les États-Unis par ses déclarations, car il ne tenait pas à ce que sa tombe porte l’épitaphe « menteur ».

Cet avocat, qui a commencé à travailler pour Trump en 2007, était surnommé le « pitbull de Trump », considéré comme l’homme à tout faire dans toutes les magouilles immobilières du futur président, alors hommes d’affaires.

Les preuves présentées par Cohen devant la Chambre, si elles font l'objet d'une enquête approfondie et sont confirmé par l'accusation, pourrait déclencher une procédure en destitution contre Trump plus tôt que prévu, voire le faire traduire devant un tribunal fédéral, qui pourrait prononcer des sanctions sévères à son encontre.

Si l’on en croit Cohen, l'une des raisons qui l’aurait poussé à parler est le manque total de respect de Trump pour la figure de la première dame, une femme que l'avocat dit admirer pour ses qualités. C'est pourquoi l’ancien avocat a dévoilé une copie du chèque de 35 000 dollars, – des 130 000 convenus – émis par le compte personnel de Donald Trump à son intention, que ce dernier avait signé après être devenu président, en janvier 2017, pour lui rembourser le paiement d’un accord de confidentialité signé avec l’actrice pornographique Stormy Daniels. Cette affaire constitue une violation des lois électorales et pourrait même lui coûter la présidence.

D'autres preuves incriminant le locataire de la Maison-Blanche sont : les états financiers de 2011 à 2013, qu'il avait promis de publier durant les élections, ce qu'il n'a pas fait ; des copies de lettres menaçant les lycées, universités et conseils d’universités de ne pas divulguer ses notes, et le fait d’avoir usé de stratagèmes sur le montant de sa fortune pour échapper au fisc.

WIKILEAKS ET TRUMP CONTRE HILLARY

Cet épisode d'espionnage nous rappelle l'intrigue du film « Les hommes du président », car Trump, selon Cohen, aurait reçu en sa présence un appel de son collaborateur de l'époque, Roger Stone, où ce dernier faisait allusion à un contact avec Julian Assange, qui, deux jours plus tard, allait diffuser des documents filtrés des démocrates. Le candidat aurait répondu à Stone : « Ne serait-ce pas génial ? » Les lois sur les campagnes électorales interdisent ce type de pratiques d'espionnage, ainsi que

les contributions étrangères aux campagnes électorales des candidats.

Si le lien entre le portail web et le président actuel était avéré, il y aurait matière à un procès politique susceptible de révoquer son mandat.

Selon Michael Cohen, cette fuite aura été la clé du discrédit d'Hillary Clinton et, par conséquent, du nombre de ses électeurs à la présidentielle.

En outre, l'ancien avocat de Trump a qualifié le président de raciste, ajoutant qu’ « il est encore bien pire en privé ». Et il a fait référence à certaines des déclarations faites par le président en sa présence. « Une fois, il m'a demandé si je pouvais citer un pays dirigé par une personne noire qui n'était pas un "trou de merde". C'était quand Barack Obama était président des États-Unis ».

UN NOUVEAU TERME DU « DROIT TRUMPISTE »

Parallèlement, le président des États-Unis a inventé plusieurs concepts dans le domaine juridique, affirmant qu' « un crime n'est pas un crime », en allusion aux accusations de Cohen.

L'ancien avocat personnel de Donald Trump a plaidé coupable à des accusations d'évasion fiscale, de fraude fiscale et de violation de la loi électorale, un procès qui, s'il se poursuit, permettrait également de trouver un motif d’ordre juridique pour accuser Trump. Les déclarations de Michael Cohen contrastent toutefois avec le silence de Paul Manafort, directeur de campagne de Donald Trump, reconnu coupable de huit chefs d'accusation de fraude fiscale et bancaire.

Sur Twitter, Donald Trump s’est empressé de faire l'éloge de la position de Manafort, qui « n’a pas cédé à la pression des enquêteurs et n’a pas inventé des histoires afin d'obtenir une entente avec la justice », un tweet de gratitude qui jette plus de suspicion sur l’actuel président actuel. « Un grand respect pour un homme aussi courageux ! », a écrit le président, habitué à ce que ses plus de 54 millions d'adeptes diffusent sa version des événements en dépit de ce qui est publié dans la presse, ou par les chaînes d'information que Trump recommande lui-même.

« GORGE PROFONDE » COHEN EST-IL CRÉDIBLE ?

C’est sur Cohen que retombe l'ombre d'avoir été la principale couverture des mensonges de Trump. Par exemple, comme il l’a reconnu lui-même, l'ancien avocat aurait envoyé jusqu'à 500 menaces directes à des tiers afin de les faire taire. Il serait aussi le lien entre le président et les organisations mafieuses, dont il connaîtrait très bien les crimes aux États-Unis.

En ce qui concerne d'autres crimes graves, qui font l'objet d'une enquête à New York, les procureurs lui ont demandé de ne faire aucune déclaration pour l'instant, ce qui rend l’atmosphère encore plus nauséabonde.

Sommes-nous censés croire Michael Cohen ? Lui-même a déclaré : « Quant à ceux qui doutent de mes motivations pour être ici aujourd'hui, je comprends. J'ai menti, mais je ne suis pas un menteur. J'ai fait de mauvaises choses, mais je ne suis pas un mauvais homme. »

Le président de la Commission d’enquête de la Chambre des représentants, Elijah Cummings, a reconnu que la crédibilité de cet ancien avocat suscite des doutes en raison de son passé. Toutefois, personne mieux que cette « Gorge profonde » de première main pour enquêter sur Trump et, comme l'a souligné Cummings, révéler la vérité aux gens.

Ce qui est certain, c'est que ces scandales écornent davantage l'image d'un président qui, comme l’a déclaré Cohen, est devenu la pire version de lui-même et il aura du mal dorénavant à gouverner, et plus encore à briguer une réélection.

EN CONTEXTE

-         Un impeachment ou « mise en accusation » est une procédure du droit nord-américain, inspirée d’une figure du droit britannique qui prévoit la possibilité d’engager une destitution à l’encontre de hauts fonctionnaires, y compris le président, sur mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs.

-- La mise en accusation est votée par la Chambre des représentants à la majorité simple.

-- La Commission d’enquête ouvrira des enquêtes une fois la destitution approuvée afin de déterminer la véracité des faits exposés.

-- Si la Commission d’enquête trouve des preuves de ces accusations, le procès retourne à la Chambre et cette fois le vote aura lieu au Sénat, et la décision de culpabilité ne peut être acquise qu'à la majorité des deux tiers pour obtenir la destitution.

-- Deux fois seulement, la Chambre des représentants a voté la mise en accusation du président des États-Unis : pour Andrew Johnson, (1868) qui fut acquitté par une seule voix lors des délibérations du Sénat, et Bill Clinton, en 1999, dont la destitution n'a pas eu lieu car les votes étaient très loin des deux tiers de la Chambre haute, comme l’exige la loi.

-- La procédure d’impeachment engagée contre Richard Nixon en 1974 est ce qui s’assimile le plus à la destitution d’un président, lorsque fut révélé le rôle de Nixon dans une sombre affaire d’espionnage au quartier général du parti démocrate. En août de la même année, Nixon annonça sa démission à mi-parcours de son deuxième mandat en invoquant la perte de sa base politique. Il fut gracié par son successeur et ancien vice-président Gerald Ford en septembre de cette même année.

-- Bien que beaucoup, après la majorité obtenue par les démocrates à la Chambre basse, pensent qu'il est possible qu'une procédure de destitution puisse être engagée, la vérité est qu'aucune accusation formelle n'a été portée contre Trump, ce qui est une condition préalable, mais pour ce faire, des preuves irréfutables doivent être apportées, au-delà des dépositions des témoins.

-- La complexité de l'acte d'accusation réside dans la recherche des preuves qui accusent Trump d'actes de corruption et le rendent coupable d’avoir violé son serment présidentiel.

-- En ce qui concerne le crime de trahison à son pays qui pèse sur Trump, les liens entre la campagne électorale du président et les prétendues intentions russes de médiation dans le processus électoral nord-américain font toujours l'objet d'enquêtes. Certaines des actions du président, comme le limogeage de fonctionnaires mal à l'aise ou qui ne sont pas d'accord avec ses positions, sont des indices d’une possible obstruction à la justice fédérale.

-- Le vote à la Chambre basse pour engager le procès dépendra également de la cohésion du Parti démocratique, qui, après sa défaite aux élections présidentielles, souffre de divisions idéologiques et d'un manque de leadership clair.

-- Le 25e amendement à la Constitution prévoit une alternative à l’impeachment, qui stipule que le cabinet du gouvernement peut notifier le Congrès de l'incapacité de l'exécutif à rester en fonction, mais cette procédure exigerait deux tiers des voix dans les deux chambres pour entraîner la destitution.