
Il s'avère à présent que « neutre » est synonyme de « progrès », que tout peut être dit au nom du « droit » (apparemment démocratique) de permettre à chacun de dire ce qu'il veut, n'importe où et n'importe quand. Que, sous l'argument, toujours abstrait, de la « libre expression » (de qui ?), nous devons mettre en avant les dictons (et les faits) qui sortent des amygdales de celui qui se procure, gratuitement ou contre rémunération, un haut-parleur.
En somme, il semble très « pluraliste » d'être un complice de la néo-colonisation idéologique que nous avions convenu de ne plus autoriser dans nos vies. Il s'avère qu'il appartient maintenant aux personnes « ouvertes », de réduire la démocratie à l'affaire rentable de s'entendre avec tout le monde.
Afin de justifier une telle mascarade, sans crier gare, les mercenaires déguisés en journalistes cherchent un « juste milieu » (qui n'existe d’ailleurs pas) pour s’attirer des « publics pluriels » et pas exactement parce qu'ils respectent les différences autant qu'ils aiment faire l’audimat. Nous avons déjà suffisamment tiré de leçons du marché de l' « opinion publique » pour croire à la bonne volonté pluraliste de ceux qui, en réalité, font pencher la balance de leurs intérêts du côté de l’argent, à une fin commerciale ou politique... ou dans toutes ses combinaisons. Ne nous laissons pas prendre aux embuscades du libéralisme médiatique des funambules des affaires.
Convaincus qu'ils avancent des arguments incontestables, certains malins des médias ont trouvé un moyen « plausible » de s’assurer un large éventail de clients.
Ils donnent une place aux un et aux autres comme « égaux » avec un « bon sens » grotesque et sous un vernis de « libre penseur » : « chacun peut dire ce qu'il veut » ; que l'on est « libre de donner son avis » et qu’au nom du subjectivisme et de l'individualisme (« la réalité dépend du prisme au travers duquel on la regarde »). Ils délient leurs langues sous le caprice de complots ou de compulsions. Nous sommes en présence de véritables langages irresponsables. Bien cela semble très « éduqué », on cherche à nous vendre comme démocratique métier de vendeur de publicité ou de propagande aux Tyriens et aux Troyens.
Notre histoire est l'histoire d'une espèce qui assume des décisions et les développe de manière dialectique... en se surpassant. Il n'y aurait pas de civilisations sans une structure et une superstructure, énormes, reposant sur des engagements inaliénables.
À présent, certains (non sans apparaître comme suspects) vocifèrent au nom de la défense des espaces pour écouter un discours « différent » qui, déjà démasqué, ne revient qu’à tendre le un micro à des criminels impardonnables, même si certains jouissent de libertés, sous le manteau de l'impunité et de l'impudence.
Ce sont des coryphées rétrogrades qui, au nom du libéralisme (de l’argent), ouvrent la voie à la libre circulation des offensives idéologiques contre toute l’espèce humaine et contre des secteurs spécifiques, victimes des vilénies du système. Et ils en font fortune avec cela. Les exemples sont légion.
Une telle stratégie, qui n'est pas nouvelle, est revue en fonction des les urgences de la droite, qui ne trouve pas de nouveaux cadres et est contrainte de ressusciter ses morts-vivants enveloppés dans du cellophane démagogique. Ils brandissent leurs cadavres idéologiques pour donner des conférences, des séminaires et des conférences de presse.
Ils les insèrent dans toutes sortes de programmes de télévision ou de radio, dans la presse écrite ou les réseaux sociaux. Ils promènent leurs intellectuels décédés pour répandre les fléaux (que nous pensions avoir vaincus) comme s'il s'agissait de remparts philosophiques ou de « trésors de la jeunesse ». Et il y a les charlatans mercenaires, qui mendient l'audimat à tout prix, très prêts à baisser leur froc servir de porte-parole aux canailles censés laver leurs crimes... devant un public « pluraliste ». Ils disent avoir « tous les droits ». Ce qui est faux. C’est aux victimes de décider.
Il est inadmissible d’entendre un tel ramassis de sottises, et encore plus de les défendre sans vergogne. Peu importe si on a des diplômes ou non. Même si ces propos sont tenus sur un ton « cultivé » ou s’ils sont embellis d’une culture savante. Il est impératif d'être très ferme dans ce domaine. Ils nous ont étouffés avec leur verbiage putride.
Il ne s'agit pas d'interdire les idées ou le droit de les détenir librement, il s'agit de veiller à ce que ces idées ne circulent pas sans vergogne pour infliger de nouvelles pénuries aux plus faibles, ou une nouvelle oppression aux personnes historiquement opprimées.
C'est une offense à l'intelligence des peuples qui ont dû supporter, jusqu'à épuisement, les justifications les plus obscènes du capitalisme dans toutes ses variantes. Il faut laisser la « bonne volonté » de Voltaire dans le mausolée de la manipulation et, en échange, « jeter son sort avec les pauvres de la Terre ». Et au lieu de tendre le micro aux canailles, il faut l'exproprier depuis les luttes sociales qui ont vraiment des choses nouvelles à dire à l'Histoire.
Il s’impose de démocratiser les outils de communication et la production des sens. De ne plus tolérer d’embuscades pleurnichardes des défenseurs de la liberté bourgeoise. Il faut démocratiser la parole. Tendre les micros à la sémantique émancipatrice du peuple pour lutter contre l'éternelle dictature de leurs discours. Toujours les mêmes.






