ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo : José Luis

Depuis des millénaires, le siège des villes est une tactique de guerre efficace. Il s'agissait d'utiliser la faim, la soif et les maladies pour faire capituler l'ennemi, depuis la guerre de Troie, lorsque les Grecs, selon la légende, l'assiégèrent pendant dix ans. Les croisés purent s’emparer de la forteresse d'Acre après deux ans de siège total. Au début de l'ère moderne, en 1453, les Ottomans assiégèrent Constantinople jusqu'à sa prise, et en 1492, les Rois catholiques firent de même avec Grenade. Entre 1941 et 1944, les nazis assiégèrent Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg), tuant un million de civils. Mais les Soviétiques ne capitulèrent pas et ce fut le début de la victoire contre le nazisme et le fascisme.

En général, les sièges étaient horribles, les gens mouraient de faim ou d'épidémies, et les assiégeants lançaient de grosses pierres pour abattre les murs, du feu ou des cadavres pour contaminer ceux qui se trouvaient à l'intérieur. Cela s’achevait par l'extermination générale à, dans certains cas, le suicide collectif. Ce fut le cas à Massada, face à la mer Morte, où un millier de Juifs se suicidèrent face au siège des Romains, après la deuxième destruction du temple de Jérusalem.

Les blocus économiques actuels et les sanctions sont de la même veine, sauf qu'ils ne visent pas des villes mais des pays. Cependant, l'objectif est le même : renverser un gouvernement souverain pour imposer les intérêts de l’assaillant. Cette nouvelle forme de siège a commencé avec Napoléon Bonaparte qui bloqua l'Empire britannique pour l'empêcher de négocier avec l'Europe au début du 19e siècle. Ce fut le tour ensuite de l'Argentine, avec le blocus de Buenos Aires par la France et l'Angleterre, toujours sous le faux prétexte de la « liberté »... de commerce. Le blocus dura de 1838 à 1845, mais l'Argentine de Juan Manuel de Rosas résista avec la bataille Vuelta de Obligado et d'autres, jusqu'à vaincre et faire fuir, la queue entre les jambes, les deux principales puissances mondiales. En 1903, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie et d'autres pays européens bloquèrent le Venezuela pour exiger le paiement d'une dette. Ce blocus prit fin grâce au ministre argentin des Affaires étrangères, Luis Maria Drago, et à la fameuse doctrine Drago, qui stipule que les dettes ne peuvent pas être recouvrées par la force militaire. Les États-Unis en prirent note et élaborèrent ensuite le corollaire Roosevelt, qui est une variante de la doctrine Monroe et garantit l'ensemble du continent comme leur « arrière-cour ».

Après avoir occupé pendant des années des pays comme le Nicaragua, le Honduras, la République dominicaine, Haïti et Porto Rico, entre autres, les États-Unis optèrent pour leur recours préféré : les blocus et les sanctions. Le cas le plus cruel est celui imposé à Cuba depuis octobre 1960. Il s'agit d'empêcher Cuba de commercer avec le monde et de sanctionner ou d'imposer des droits de douane à tout pays qui commerce avec l'Île. Cette stratégie s’est révélée terriblement efficace, surtout après la chute du mur de Berlin, infligeant aux Cubains une multitude de problèmes et de privations, évalués à la somme vertigineuse de deux billions de dollars.

Seuls l'ingéniosité et la volonté politique inébranlable de préserver sa dignité ont permis à Cuba de résister, devenant ainsi un exemple de résistance et de solidarité avec le monde dans des secteurs tels que l'ingénierie, l'éducation et la médecine. Et en plus de six décennies, l'Empire n'a pas réussi à atteindre son objectif, le même que celui des Grecs à Troie ou des nazis à Leningrad : faire tomber son adversaire. La Révolution cubaine est toujours là, avec tous ses problèmes, ses coupures d'électricité, sa pénurie de carburant et, par conséquent, de nourriture.

Aujourd'hui, Donald Trump renforce ce blocus, si tant est qu'il puisse être renforcé davantage. Il impose surtout un blocus total sur le pétrole, tentant d'affamer les dix millions de Cubains. Il menace de droits de douane quiconque oserait vendre du carburant à l'Île et annonce sans sourciller : « Ils ne pourront pas le supporter ». Aucune différence avec les dignitaires nazis qui assiégeaient Leningrad pendant la Seconde Guerre mondiale.

Et le plus terrible, c'est que cette nouvelle tentative criminelle de siège du néofascisme est soutenue par le gouvernement argentin. Le ministre des Affaires étrangères Pablo Quirno a demandé aux Argentins de ne pas voyager à Cuba, une façon d'apporter sa pierre à l'étranglement économique, une façon de plus de se prosterner servilement devant ses maîtres impériaux.

Cependant, ce que ni Trump ni Quirno ne savent, imbus de leur ignorance, c'est ce que Napoléon enseignait déjà il y a plus de deux siècles : « La seule chose que l'on ne peut pas faire avec des baïonnettes, c'est s'asseoir dessus ». Ce que Napoléon voulait dire, c’est que faire mourir un peuple de faim, le soumettre par un blocus ou par une invasion, ne garantit ni de pouvoir l’occuper ni, encore moins, de le dominer.

L'hégémonie militaire, économique ou financière ne va pas toujours de pair avec l'hégémonie culturelle. Les États-Unis l'avaient compris lorsqu'ils vendaient au monde entier le « rêve américain ». Ils l'ont compris lorsqu'ils ont envahi le monde avec leur musique, leurs films hollywoodiens et même leur malbouffe. Tout cela semble avoir été oublié par le Caligula qui gouverne à Washington et qui croit pouvoir dominer le monde à coups de bombes ou en affamant des peuples entiers.

*Chercheur et journaliste argentin