ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Illustration de Michel Moro

Il y a quelques jours, le gouvernement espagnol a annoncé la création d’un outil appelé Hodio, acronyme de Huella de Odio y Polarizacion (Empreinte de la haine et de la polarisation). Ce système vise à analyser la circulation des messages de haine sur les réseaux sociaux et à mesurer dans quelle mesure ces contenus sont amplifiés par les plateformes numériques. L’initiative, présentée à Madrid lors d’un sommet international contre la haine, cherche à produire des indicateurs périodiques pour mieux comprendre un phénomène désormais intégré à la vie publique contemporaine.

À première vue, l’idée peut sembler abstraite. Comment mesurer quelque chose d’aussi diffus que la haine ? Mais en réalité, il ne s’agit pas de mesurer des émotions privées, mais d’observer des faits concrets : quels sont les messages publiés, comment se diffusent-ils, qui les promeut, quel est leur niveau de portée et de quelle manière les algorithmes contribuent-ils à transformer certains contenus en tendance. En d’autres termes, on n’étudie pas ce qu’une personne ressent dans son intimité, mais comment certains discours hostiles deviennent des courants visibles de pression, d’agressivité et d’incitation à la violence.

Cette préoccupation n’existe pas seulement en Espagne. Dans de nombreux pays, il est devenu évident que les plateformes sociales peuvent amplifier les voix les plus agressives et les plus toxiques. Leur architecture technique favorise souvent tout ce qui provoque une réaction immédiate : l’indignation, l’insulte, la simplification extrême, le slogan agressif. Ce qui génère du conflit circule davantage ; ce qui divise attire l’attention ; ce qui blesse se partage rapidement. C’est pourquoi la haine ne se présente pas seulement comme un problème moral ou politique, mais aussi comme un produit que la conception même du numérique peut encourager.

Dans ce contexte, des observatoires et des systèmes de suivi ont vu le jour, visant à étudier le problème de manière plus rigoureuse. Il ne suffit pas de se lamenter après chaque épisode de violence ou de harcèlement. Il convient de détecter les tendances, suivre les campagnes coordonnées, identifier des foyers d’amplification et comprendre comment certains récits finissent par se normaliser jusqu’à sembler faire partie du paysage quotidien.

Pour comprendre l’utilité de ce type d’outils, il suffit d’observer certains faits récents liés à Cuba. La tentative d’infiltration terroriste par les côtes de Villa Clara ne peut pas être analysée uniquement comme un fait isolé. Certains de ses participants avaient laissé sur les réseaux sociaux des traces préalables de radicalisation : discours de haine, messages d’exaltation violente, et même des images où ils apparaissaient avec les armes qu’ils utiliseraient plus tard dans l’action paramilitaire. Ces contenus n’étaient pas un détail secondaire : ils faisaient partie d’un climat, d’une préparation symbolique, d’une construction préalable où la violence était progressivement présentée comme légitime.

Un phénomène semblable peut être observé dans le cas de Moron, où l’attaque contre le siège du Parti communiste a été précédée d’incitations à la violence et d’un langage anticommuniste de plus en plus agressif. Personne ne devrait confondre la divergence d’opinion avec la légitimation de l’attaque. Une chose est de critiquer, une tout autre est d’alimenter un langage qui déshumanise l’adversaire et transforme l’agression en une option acceptable.

C’est là que réside la pertinence d’observatoires comme Hodio. Leur valeur ne consiste pas à se substituer à la justice ni à censurer des opinions, mais à offrir des outils pour comprendre à quel moment la haine cesse d’être une expression marginale et commence à agir comme une force organisée d’intoxication du débat public. La mesurer permet de la rendre visible. Et la rendre visible est une étape nécessaire pour y faire face.

Parce que la haine numérique ne reste pas toujours sur l’écran. Parfois, elle prépare le terrain, attise les passions, légitime et pousse à l’action. Défendre un espace public de discussion plus sain est une nécessité politique, culturelle et de sécurité de la société.

À l’ère des réseaux, prendre soin du langage public est une manière de protéger la coexistence.