« Je vous remercie infiniment d’être avec nous ; merci de nous accompagner ; merci pour le message de paix et de profonde foi que vous apportez », a déclaré le 30 mars le président de la République de Cuba, Miguel Diaz-Canel Bermudez, à des représentants d’organisations œcuméniques internationales effectuant une visite pastorale à Cuba dans le cadre des célébrations de la Semaine sainte.
Sincérité, fraternité et langage profondément humain ont caractérisé le dialogue tenu par le chef d’État, depuis le palais des Conventions de La Havane, avec des interlocuteurs représentant 600 millions de chrétiens d’environ 120 pays. Ces derniers, qui sont actuellement présents sur l’Île, ont apporté un message de paix et de solidarité. Ils ont échangé avec différentes communautés religieuses, participé à des activités liées au Dimanche des Rameaux et ont rencontré des pasteurs et des responsables religieux cubains de diverses confessions réunies au sein du Conseil des Églises de Cuba (CIC).
Invités par le CIC et par l’Église presbytérienne réformée, les dirigeants religieux venus de différents pays – qui ont pu constater personnellement les difficultés que traverse la population cubaine – ont écouté le témoignage de Miguel Diaz-Canel sur les efforts d’un pays qui refuse de se laisser vaincre. Cette rencontre, marquée par de fortes émotions, s’est déroulée en présence du Premier ministre de la République, Manuel Marrero Cruz, et du secrétaire à l’Organisation du Comité central du Parti communiste de Cuba, Roberto Morales Ojeda, tous deux membres du Bureau politique.
Le chef d’État a exprimé aux « chères sœurs et chers frères », aux « chères amies et chers amis », son plaisir de les accueillir à Cuba en un moment particulièrement difficile. « Nous accordons une grande importance à votre visite, qui confirme que Cuba n’est pas seule », a affirmé le président lors de la rencontre, à laquelle ont également participé la directrice du Bureau d’attention aux affaires religieuses du Comité central du Parti, Caridad Diego Bello, ainsi que Yuniasky Crespo Baquero, responsable du Département idéologique du Comité central, entre autres dirigeants.
Le Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba a souligné que cette visite témoigne de relations historiques et a mis en avant le caractère symbolique du fait que les responsables religieux soient arrivés sur l’Île à l’occasion du Dimanche des Rameaux, dans le contexte de la Semaine sainte. Pour Diaz-Canel, il s’agissait d’une rencontre dotée d’une « forte charge symbolique », prélude à un échange d’idées sur l’Île.
Il a évoqué des passages de l’Histoire, ainsi que des épisodes liés à la réalité présente : « Ce que nous vivons aujourd’hui est le résultat cumulatif de 67 années de blocus », a-t-il déclaré à propos de ces moments difficiles.
« Nous n’avons pas pu atteindre tout ce que nous souhaitions », a-t-il dit, faisant référence à « de nombreux rêves qui n’ont pas pu être réalisés ». Il a ensuite souligné que la créativité, en tant qu’expression de résistance, a permis la construction d’une œuvre d’une grande portée sociale.
Selon le président cubain l’économie de guerre imposée à Cuba par l’empire n’est pas parvenue à empêcher de nombreuses avancées « qui aujourd’hui sont entravées, réduites par le blocus », lequel s’est durci dans la période actuelle.
Et d’ajouter : « Dans tout ce qu’ils font, il y a un châtiment collectif contre le peuple cubain ». Il faudrait s’interroger sur la raison d’une telle attitude qui frappe des millions d’êtres humains. « L’exemple de Cuba, et le fait qu’en 67 ans, ils n’ont pu ni nous faire plier ni nous humilier », est la raison avancée par le président.
Le dirigeant a également parlé des opportunités qui surgissent au milieu des crises, ainsi que des priorités qui continuent de faire avancer le pays malgré l’adversité. Il a souligné l’importance que, dans « tout ce que nous proposons, il y ait toujours une attention portée au social ».
Vers la fin de son intervention, Diaz-Canel a déclaré : « Le concept que nous avons partagé et défendu est que nous ne nous rendrons pas ; et ce que nous vous demandons, à vous qui nous rendez visite, c’est que, conscients et avec la sensibilité que vous avez montrée envers Cuba et envers notre peuple, vous puissiez expliquer la dureté de cette situation ».
Le président a qualifié le blocus de « violation des droits humains des Cubains », décrivant une situation qui prive « un peuple généreux, travailleur et solidaire des ressources les plus élémentaires nécessaires pour vivre en paix ».
Puis il a illustré ses propos en affirmant qu’« en raison des pénuries d’intrants, plus de cent mille personnes sont en attente d’opérations chirurgicales ; et, parmi ces cent mille personnes, il y a plus de 11 000 enfants. Et quelqu’un peut-il douter que Cuba est capable de réaliser ces opérations ? N’avons-nous pas démontré que nous disposons d’un système de santé capable de les effectuer ? Pourquoi nous prive-t-on de les réaliser ? Comment peuvent-ils ensuite affirmer, sans honte, que tout ce qu’ils font vise à améliorer la situation du peuple cubain ? Que peut-on attendre de personnes qui mentent de cette manière ? »
Diaz-Canel Bermudez a déclaré aux dirigeants religieux œcuméniques : « Nous vous demandons de montrer cette réalité ; de raconter cette réalité, et aux responsables de nos Églises, de continuer à développer les initiatives communautaires par lesquelles vous nous avez toujours soutenus, et de s’intégrer également à tout ce mouvement que nous concevons au niveau communautaire, car vous avez une grande expérience du travail communautaire, de l’éducation populaire et de toutes ces choses qui sont extrêmement importantes en ce moment.
DES VOIX PORTEUSES DE PAIX ET DE SOLIDARITÉ
Les responsables religieux ont exprimé leur gratitude pour l’accueil reçu de la part des autorités cubaines. Jerry Pillay, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, a déclaré être conscient que les Cubains « traversent une période difficile ». Et de déclarer :
« Je viens avec de hauts responsables religieux. Ce sont des secrétaires généraux d’Églises très bien établies dans le monde, lesquels représentent des millions de personnes à travers le monde ». Il a ensuite explicité une motivation de la visite : « Nous sommes ici pour célébrer avec vous le début de la Semaine sainte ».
À un autre moment, a-t-il dit : « Nous nous joignons à vous en matière de solidarité » puis il a déclaré : « Nous allons unir nos voix à celles des personnes de foi pour dire que ce que l’on vous fait est injuste.
« Notre présence, ainsi que la présence d’une délégation d’un si haut niveau montre que nous sommes ici pour vous apporter notre soutien et dire au peuple de Cuba qu’il n’est pas seul », a affirmé le dirigeant œcuménique.
Anthony Poggo, secrétaire général de la Communion anglicane mondiale, a ajouté : « Comme le disent les Écritures, quand quelqu’un souffre, nous souffrons tous ; c’est pourquoi nous sommes à vos côtés ».
Plus d’un message est ressorti de la rencontre : Cuba « peut compter sur nos prières et sur notre soutien », a souligné Reynaldo Ferreira Leao Neto, secrétaire général du Conseil méthodiste mondial. D’autres voix se sont jointes pour rappeler que la guerre n’est pas la voie, que la violence n’est pas la voie, et que priver un peuple de sa nourriture et de ses espoirs n’est pas non plus la voie.
Joel Ortega Dopico, président du Conseil des Églises de Cuba, a exprimé avec émotion que la présence de ces amis constitue une source de « saine fierté pour le mouvement œcuménique cubain », et qu’elle s’inscrit dans un travail de nombreuses années. Pour cette raison, il a adressé de sincères remerciements.
« On parle de l’effondrement de Cuba, mais ce qui est véritablement en crise, c’est ce monde », a-t-il dit, affirmant que cette visite marque le début d’une étape au cours de laquelle le mouvement œcuménique mondial et le mouvement œcuménique cubain travailleront plus étroitement ensemble. Et il a souligné :
« Nous devons tout faire pour éviter la guerre et pour que la paix prévale. Je vous demande, de toute urgence, d’élever cette voix ». Au nom de tous, a-t-il ajouté, « nous sommes très reconnaissants de votre présence ». Il a également rappelé que les hauts dirigeants religieux « ont quitté leur Église, leurs organisations, pour être ici avec nous le Dimanche des Rameaux, en un jour si significatif, car nous savons que c’est le jour où le Seigneur, monté sur un âne, a défié l’empire et tous les pouvoirs de ce mondeaussi injuste que celuid’aujourd’hui. C’est pourquoi vous me rendez fier d’être chrétien, d’être un disciple du fils du charpentier ».
La rencontre s’est achevée par une prière au cours de laquelle les dirigeants religieux ont prié pour Cuba, pour la capacité de résilience et d’espérance de tout un peuple, ainsi que pour celle de ses dirigeants en ce moment chargé de nombreux défis et de décisions importantes.






