
Lors du 5e Colloque international Patria, tenu du 16 au 18 avril à La Havane, l’universitaire chilien Pedro Santander a expliqué pourquoi, dans les guerres contemporaines, la communication n’est plus un front secondaire, mais un champ de bataille décisif. Partant de ce constat, il a évoqué un cas précis : ce que fait l’Iran sur le plan communicationnel dans le cadre de sa confrontation avec les États-Unis.
L’intérêt de cet exemple ne réside pas tant dans la position politique de l’un ou l’autre acteur que dans les enseignements stratégiques que l’on peut tirer de sa manière de communiquer. Dans un écosystème dominé par les plateformes numériques, les algorithmes et une consommation fragmentée de l’information, celui qui n’intervient pas de manière systématique perd en visibilité, en influence et en capacité d’interprétation des faits. L’Iran l’a bien compris : communiquer ne consiste pas à réagir ponctuellement, mais à maintenir une présence constante, organisée et orientée vers des objectifs précis.
Cette logique se traduit par une forme particulière de bataille asymétrique. De la même manière que, sur le plan militaire, les acteurs disposant de moins de ressources compensent l’inégalité par la mobilité, la décentralisation et la précision, il en va de même dans le domaine communicationnel. La stratégie consiste à produire un volume important de contenus avec relativement peu de moyens, en privilégiant la rapidité. Vidéos courtes, formats directs, messages clairs : faire beaucoup avec peu.
L’un des aspects les plus marquants est l’utilisation d’animations de type Lego, combinées à une esthétique de jeu vidéo et à de la musique hip-hop. Ce n’est pas un détail : ce procédé permet de simplifier des conflits complexes et de les traduire dans des codes culturels familiers sur les réseaux sociaux. Ce format élargit l’audience et facilite la viralisation.
À cela s’ajoute un facteur déterminant : la vitesse. Grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle, ces contenus peuvent être produits en quelques heures. Cela confère un avantage décisif. Dans la guerre communicationnelle contemporaine, ce n’est pas celui qui dispose du plus d’informations qui l’emporte, mais celui qui intervient le premier, impose un cadrage et le répète jusqu’à en faire une référence.
D’où l’importance d’un « matraquage constant ». Il ne s’agit pas de grandes campagnes isolées, mais d’un flux continu de messages qui maintiennent le sujet en circulation. Dans un environnement où l’attention est volatile, la répétition organisée devient un outil de positionnement.
Cette dynamique repose sur une architecture décentralisée : des porte-parole capables d’intervenir, des comptes institutionnels actifs – y compris ceux des ambassades — et des plateformes propres qui produisent du contenu. À cela s’ajoutent des alliances avec de grands relais de diffusion, qui amplifient le message et permettent d’atteindre des audiences massives.
Un autre trait distinctif réside dans la précision du discours. Plutôt que de recourir à des formulations abstraites, la stratégie privilégie des cibles concrètes. Le conflit est personnalisé, le récit simplifié et sa compréhension facilitée. Sur les réseaux sociaux, où l’attention se joue en quelques secondes, ce type de focalisation s’avère plus efficace que des approches trop générales.
Enfin, un élément essentiel apparaît : la nécessité de rendre la vérité communicable. Avoir raison ne suffit pas. Si le message ne capte pas l’attention, il ne circule pas. L’esthétique – image, rythme, son – devient ainsi une composante centrale de l’efficacité politique.
C’est ici qu’émerge l’idée qui synthétise le mieux cette stratégie : des vedettes rapides contre des porte-avions. Face à de grands appareils médiatiques, lents et lourds, le pari consiste à s’appuyer sur des structures agiles, décentralisées et rapides, capables de se déplacer rapidement, de frapper avec précision et de disparaître avant d’être neutralisées. Dans la guerre communicationnelle du 21ᵉ siècle, cette agilité peut contribuer à rééquilibrer, au moins en partie, l’inégalité des forces.






