
Peuton considérer le général d’armée Raul Castro Ruz comme l’une des figures les plus influentes de la politique internationale latinoaméricaine de ce siècle ?
Revoyons les temps forts diplomatiques survenus durant son exercice en tant que président du Conseil d’État et président du Conseil des ministres de la République de Cuba, en fonction depuis 2006 et officiellement entre 2008 et 2018.
1. Déclaration de l’Amérique latine et des Caraïbes comme zone de paix
La Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) est née en 2011 à Caracas comme espace intégrateur des 33 nations indépendantes, situées entre le Rio Bravo et la Patagonie, face aux défis du changement climatique, de la souveraineté, des crises économiques mondiales et des inégalités.
Lors de la cérémonie de fondation, Raul souligna le privilège pour notre zone de ne pas disposer d’armes nucléaires et traça comme horizon la libération de notre région de bases militaires étrangères, dans un discours marqué par des allusions au 200 ans de lutte sur le continent et dans les îles, les menaces coloniales et impériales et la dette envers 180 millions de personnes en situation de pauvreté.
Trois ans plus tard, La Havane accueillait le sommet suivant de la CELAC, sous la présidence pro tempore de Raul. À cette occasion, fut adoptée la déclaration commune, proclamant la région comme « zone de paix », une initiative qui s'inscrivait sans aucun doute dans la lignée des idées formulées au Venezuela par le général d'armée.
« Malgré des divergences inévitables, nous encourageons un esprit de plus grande unité dans la diversité, qui doit être l’objectif ultime », avait-il déclaré.
2- Le retour des Héros
Au matin du 17 décembre 2014, Cuba et une grande partie du monde furent bouleversées par l’annonce du retour sur l’Île de trois des cinq combattants antiterroristes, qui étaient toujours emprisonnés aux États-Unis depuis la fin des années 1990
« Ils reviendront », avait lancé des années plus tôt Fidel, et le poème « Je reviendrai », écrit par Antonio Guerrero et chanté par Polo Montañez, cessaient d’être, d’un instant à l’autre, des combats, des promesses, des armes poétiques tournées vers l’avenir, pour devenir de facto : « ils sont revenus ! », « ils sont de retour ! ».
Ce moment marqua un tournant dans la perception de ce qui était possible dans le cadre de la bataille révolutionnaire, tout en ouvrant la voie à un processus de normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis, contradictoire et complexe, mais nécessaire, qui fut interrompu par l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en 2017.
Quelques temps auparavant, en Afrique du Sud, grâce à la médiation de José Mujica, Raul et Obama s’étaient serré la main.
3- Visite du premier président étasunien en exercice depuis près d’un siècle
Le 20 mars 2016, dans le cadre du processus de normalisation des relations entre les deux pays, Barack Obama atterrissait à Cuba. Il devenait ainsi le premier président étasunien en exercice à fouler le sol cubain depuis 1928.
Le président se présenta avec tout un dispositif médiatique comprenant sa « prestation » dans l’émission humoristique cubaine la plus populaire du moment ; sa présence dans la loge du stade Latinoamericano – assis aux côtés de Raul – lors d’un match opposant les Rays de Tampa Bay, équipe de la Ligue majeure étasunienne, à la sélection cubaine, ainsi que des discours dans le théâtre le plus emblématique du pays et devant des chefs d’entreprise et des entrepreneurs cubains.
« Nous avons joué des rôles très différents dans le monde. Mais personne ne doit nier le service que des milliers de médecins cubains ont rendu aux pauvres et à ceux qui souffrent. L’année dernière, les professionnels de santé étasuniens – et les forces armées des États-Unis – ont travaillé main dans la main avec les Cubains pour sauver des vies et éradiquer l’Ebola en Afrique de l’Ouest », déclara Obama.
4- Négociations de paix en Colombie
En septembre 2012, Juan Manuel Santos, président colombien, et les Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée du peuple (FARC-EP) annoncèrent la signature à La Havane d’un accord général visant à mettre fin à un conflit armé vieux d’un demi-siècle.
C'est ainsi que débuta un processus de négociation de plusieurs années, au cours duquel Cuba joua le rôle de siège et de garant, aux côtés de la Norvège, jusqu'à la signature, en juin 2016, d'un accord de cessez-le-feu bilatéral et définitif dans la capitale cubaine. Sur la couverture du document que les deux hommes tenaient en main, on pouvait voir le blason de la République de Cuba.
5- Le pape François à Cuba
En septembre 2015, le souverain pontife de l’Église catholique, Jorge Mario Bergoglio, le pape François, effectua sa première visite à Cuba.
Depuis son poste au Vatican, le premier Latino-américain à l'occuper, François avait déjà joué un rôle clé dans le rapprochement entre Cuba et les États-Unis. Il célébra alors des messes à La Havane, Holguin et Santiago de Cuba, en vénérant la Vierge de la Caridad del Cobre.
Au cours de cette visite, il eut également un entretien privé avec le leader de la Révolution, Fidel Castro.
Quelques mois plus tard, le pape revint sur l’Île, cette fois pour rencontrer le patriarche Kirill de l’Église orthodoxe russe, une rencontre œcuménique de haut niveau qui n’avait pas eu lieu depuis des siècles.
En 2022, les propos de François sur Cuba et Raul firent le tour du monde : « J’aime beaucoup le peuple cubain. J’ai eu de bonnes relations humaines avec des gens et je l’avoue aussi : j’ai une relation humaine avec Raul Castro. Cuba est un symbole. Cuba a une grande histoire. Je me sens très proche, y compris des évêques cubains »
6- Discours au Sommet des Amériques
En 2015, Raul devint le premier et unique dirigeant cubain à participer à un Sommet des Amériques, un événement dont Cuba avait été exclue depuis sa première édition à Miami, en 1994.
Au Panama, siège du 7e Sommet, il contourna avec humour et des faits des positions sournoisement hostiles, comme celle du dirigeant panaméen, hôte de l’événement, et dépassa le temps de parole alloué – huit minutes –, en le multipliant par les six fois où la présence de Cuba lui avait été refusée. Cette décision, plus que symbolique, était politique.
Dans son discours, il retraça l’histoire de Cuba et le siège systématique dont elle a fait l’objet de la part des États-Unis. Il souligna l’hostilité particulière qui suivit le triomphe de la Révolution cubaine et réfuta l’idée selon laquelle Cuba serait un État soutenant le terrorisme. Il appela à un changement profond dans les relations hémisphériques, à un engagement accru envers la situation en Haïti et se rangea aux côtés du gouvernement vénézuélien, condamnant le décret étasunien qui qualifiait le chavisme de « menace » pour la sécurité nationale des États-Unis.
7- Repositionnement de Cuba en tant qu’épicentre culturel de l’hémisphère
Au cours de ses années au pouvoir, Cuba fit l’objet d’un processus de reconnaissance internationale en tant que l’un des épicentres de la culture hémisphérique. Parmi les faits marquants, on peut citer le titre de « Ville merveille » du monde actuel décerné à La Havane par la fondation suisse New7Wonders en 2016.
Parallèlement, des figures majeures de l’industrie culturelle occidentale firent leur apparition sur la scène cubaine, allant d’acteurs et d’actrices hollywoodiens à des groupes emblématiques comme les Rolling Stones.
On pourrait penser que cela s’est produit exclusivement dans le contexte du rapprochement entre Cuba et les États-Unis, mais il convient de rappeler qu’en 2009 s’est tenu le Concert pour la paix, où se sont produits des artistes internationaux tels que Danny Rivera, Juanes, Luis Eduardo Aute, Miguel Bosé, Olga Tañon et Victor Manuel.
Sur le plan sportif, Cuba a fait son retour dans la Série des Caraïbes de baseball en 2014. En 2015, elle remportait le titre.
8- Haïti et l’Afrique de l’Ouest
« L’Amérique latine et les Caraïbes ont une responsabilité historique et éthique envers cette république sœur », soulignait Raul lors de son discours au 1er Sommet de la CELAC, en référence à Haïti.
À cette occasion, il rappela que des professionnels de santé cubains s’étaient rendus sur le territoire voisin pour venir en aide à la population après le tremblement de terre de 2010, et que leur présence s’était renforcée quelques mois plus tard face à l’épidémie de choléra qui s’était déclarée au milieu de la catastrophe.
Quatre ans plus tard, 256 autres professionnels cubains sont arrivés en Afrique de l’Ouest pour lutter contre l’Ebola, notamment en Sierra Leone, au Liberia et en Guinée Conakry.
Parallèlement, la politique de coopération médicale cubaine mise en place dès le début de la Révolution s’est poursuivie, avec une forte présence dans les pays d’Amérique latine et d’Afrique.






