ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

Une page, Aliens.gov qui vient d’être créée a attiré l’attention : il s’agit d’une page de la MaisonBlanche qui utilise l’esthétique des documents filtrés sur les extraterrestres, très populaires ces dernières années à la suite de révélations et de fuites concernant des matériaux soi-disant en possession du gouvernement des ÉtatsUnis. Le site imite cet univers visuel : fonds sombres, typographies de dossiers secrets, clins d’œil à des rapports classifiés, tons verts et noirs, codes propres à la sciencefiction conspirationniste et une atmosphère rappelant les archives secrètes sur les ovnis, les observations et les menaces venues d’ailleurs.

Mais derrière cette apparence spectaculaire, il n’y avait aucune révélation extraterrestre, mais un outil officiel destiné à présenter des données sur les arrestations migratoires effectuées par le Service d’immigration et de contrôle des douanes (ICE).

La page avait été précédée d’une campagne d’attente sur la plateforme X avec le message They walk among us (« Ils marchent parmi nous »), une phrase que beaucoup d’utilisateurs ont interprétée comme une allusion à la vie extraterrestre. Finalement, le contenu réel était tout autre : un site gouvernemental destiné à exhiber les arrestations de migrants sous l’administration de Donald Trump.

Le jeu visuel n’est pas innocent. En anglais, le mot alien peut signifier « étranger », mais aussi « extraterrestre ». Cette ambiguïté permet d’établir une association symbolique dangereuse, à travers laquelle on transforme les migrants en êtres étranges, menaçants, presque non humains.

Le site ne se limite pas à informer sur une politique publique. Avant même de discuter des lois migratoires, des droits, des conditions sociales ou des causes économiques de la migration, la page installe une émotion : suspicion, alarme, invasion. La personne migrante cesse d’apparaître comme un travailleur, une mère, un jeune, un voisin ou de la famille, pour être représentée sous l’imaginaire de l’intrus qui « marche parmi nous ».


Mais l’affaire ne s’arrête pas à la propagande visuelle. Les données publiées par Aliens.gov présentent de graves incohérences. Le site affirmait que l’ICE avait arrêté près d’un demimillion de personnes dans environ 12 000 villes et localités des ÉtatsUnis. Pourtant, une analyse de la base de données réalisée par le média numérique Wired a révélé que dans 715 localités figurait au moins une personne arrêtée née aux ÉtatsUnis, et que dans 83 localités, tous les arrêtés enregistrés apparaissaient comme des citoyens étasuniens.

Après la publication de Wired, la MaisonBlanche a répondu que le site utilisait des données du Département de la Sécurité intérieure et qu’il avait initialement inclus des détentions non migratoires de la division HSI de l’ICE.

Aliens.gov montre comment la politique réactionnaire utilise internet. Non pas pour mieux informer, mais pour fabriquer la peur, transformer la persécution en spectacle et naturaliser la déshumanisation. La migration, phénomène historique, économique et profondément humain, se trouve réduite à une narration d’invasion, de suspicion et de menace.

Lorsqu’un gouvernement a besoin de présenter des travailleurs, des familles et des communautés entières comme des êtres étranges, presque étrangers à la condition humaine, ce qui se révèle n’est pas seulement la brutalité d’une politique migratoire, mais la décadence morale d’un système qui ne peut maintenir son ordre qu’en transformant les plus vulnérables en ennemis. 
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