
Pourquoi une personne subissant constamment le racisme dans les stades espagnols enfilerait-elle volontiers un maillot qui, tout en témoignant d'une grande solidarité envers certains, rend invisible le migrant — par ailleurs racialisé — et frôle même sa criminalisation ?
Pourquoi le fils d’un Camerounais et d’une Algérienne – bien placé pour connaître l’univers des migrants africains de la périphérie parisienne – devrait-il ressentir comme étranger le sort de milliers de personnes qui traversent, comme elles le peuvent, une frontière ?
Ce sont des questions que très peu de gens se sont posées lorsque Vinicius Jr. et Kylian Mbappé ont porté un t-shirt de manière à en masquer une partie du message, en soutien à la population de Ceuta — épicentre de l'actualité ces dernières semaines en matière de migration irrégulière.
Un autre footballeur français du Real Madrid, Ibrahima Konaté — dont les parents sont nés au Mali —, s'est associé aux deux stars de l'équipe dans cette initiative consistant à ne pas afficher en entier le message « Todos somos Caballas », Caballas étant un surnom donné aux habitants de Ceuta, cette enclave nord-africaine sous juridiction espagnole.
L’ « incident » s’est produit dans les minutes précédant un match contre Elche. Les autres joueurs des deux équipes ont porté le maillot en signe de soutien aux habitants de Ceuta. D'autres clubs de Liga ont également repris l'initiative — née au sein de l'Association valencienne des entrepreneurs —, tels que le Betis, Villarreal et Levante ; toutefois, lors de la rencontre face à ce dernier club, les joueurs du FC Barcelone sont entrés sur le terrain sans qu'aucun d'entre eux ne porte le message en question.
« Le sport n'est pas politique », répète-t-on à l'envi. Certains d'entre nous pourraient en convenir si le sport se résumait à une compétition plus ou moins saine, à trois buts et dix dribbles. Mais le sport — il peut sembler banal de le rappeler aujourd'hui — est bien plus que cela.
Avant, pendant et après les échanges avec le ballon, le sport au niveau international constitue un espace publicitaire. Et c'est précisément un espace publicitaire en raison de la forte audience qu'il génère. On y fait la promotion non seulement de produits et d'entreprises, mais aussi d'idées, de modes de vie et, bien souvent, de conceptions du héros et du méchant.
La Liga espagnole de football n'échappe pas aux débats de fond entourant des événements hautement sensibles (et politiques, même si l'on tente de les présenter sous un angle humanitaire), tels que le génocide en Palestine — pensons à l'Athletic Club de Bilbao ou au Rayo Vallecano — ou la question migratoire elle-même, portée par des voix comme celles des frères Nico et Iñaki Williams, qui évoquent sans cesse les pieds nus de leur mère traversant le Sahara. Lamine Yamal est une autre figure à s'être exprimée sur ces deux phénomènes.
Il est évident que la question migratoire en Afrique du Nord, tout comme d'autres qui nous touchent de près, est bien plus complexe que le simple fait de porter ou non un maillot.
Mais ce geste a, pour le moins, une certaine valeur : retrousser son maillot pour cacher une moitié du message du moment sans oublier qui sont ses parents, d'où ils viennent et comment ils sont arrivés, surtout dans un monde où les groupes d'extrême droite étendent leur influence en brandissant l'étendard d'un nationalisme de circonstance.






