ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Ilustration de Michel Moro

Il ne nous restait plus grand-chose à découvrir de la part de cette administration. Désormais, le secrétaire à la Défense des États-Unis, Pete Hegseth, souhaite que l'exécution par peloton d’exécution de Nidal Hasan soit retransmise en direct sur Internet.

L'exécution de Hasan — condamné pour avoir tué 13 personnes et en avoir blessé 32 autres à Fort Hood, au Texas, en 2009 — est prévue pour le 3 décembre. Le Pentagone a annoncé qu'elle serait retransmise, sans toutefois préciser par quel canal ; une initiative qui renoue avec la pratique consistant à transformer la mort d'un condamné en spectacle public.

Selon CBS News, Hegseth a défendu la diffusion en arguant que le public devait comprendre que certains actes entraînent des conséquences. Le Pentagone a pour objectif affiché de faire en sorte que des millions de personnes assistent à l'exécution par arme à feu, présentée comme un avertissement ; une initiative soutenue par Donald Trump. Toutefois, cette annonce a suscité une vive polémique, tant en raison du caractère aberrant d'une torture exposée aux yeux de tous, qu'en raison de la position délicate dans laquelle elle place les grandes plateformes numériques.

Meta, maison mère de Facebook et Instagram, interdit formellement la diffusion en direct d'exécutions capitales. TikTok proscrit les contenus d'une extrême violence. YouTube restreint les images sanglantes susceptibles de choquer, ainsi que les diffusions impliquant des armes à feu. X bloque également, en règle générale, la diffusion de séquences montrant l'instant de la mort.

David Greene, avocat de l'Electronic Frontier Foundation — une organisation étasunienne qui défend les droits numériques — a expliqué à CBS la complexité de l'affaire. Si un particulier annonçait son intention de diffuser une exécution, les plateformes s'y opposeraient probablement. Mais ici, c'est le gouvernement lui-même qui intervient ; or, on sait que les propriétaires de ces plateformes constituent une armée inconditionnelle de Trump, dont beaucoup occupent des postes à haut rang militaire au sein du Pentagone.

Les experts s'accordent à dire que les réseaux sociaux ne feront qu'aggraver les conséquences d'une telle mise en scène. Une exécution publique prend fin lorsque les spectateurs se dispersent ; sur Internet, en revanche, la mort peut être reproduite des millions de fois, découpée, transformée en mèmes et ressurgir pendant des années. Les images peuvent parvenir à des mineurs, affecter des proches et circuler parmi des personnes qui n'ont jamais choisi de les voir.

Une étude publiée en 2024 dans la revue scientifique PNAS a établi un lien entre l'exposition répétée à des images de violence et des niveaux accrus de stress psychologique. Les plateformes peuvent transformer une exécution en contenu viral, soumis aux mêmes dynamiques d'attention que n'importe quel spectacle. Le châtiment se dote ainsi d'un public potentiellement illimité et d'une pérennité dont les partisans de la guillotine n'ont jamais disposé.

Hasan a justifié le massacre de Fort Hood comme une réponse aux guerres menées par les États-Unis contre des pays musulmans, qu'il interprétait comme une agression contre l'islam. La diffusion de son exécution pourrait précisément alimenter la haine et la violence que l'on prétend combattre, faciliter son utilisation à des fins de propagande, voire transformer le condamné en martyr aux yeux de millions de personnes qui perçoivent les guerres déclenchées par les États-Unis comme une offense. Les entreprises technologiques devront décider si elles contribuent à multiplier ces images et leurs conséquences potentielles, alors que nul ne doute qu'une telle mise en scène ne fera qu'alimenter de nouveaux engrenages de violence.