ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Rodríguez Parrilla a dénoncé les manœuvres visant à faire basculer le vote traditionnellement favorable à Cuba. Photo: Vladimir Molina

Le projet de résolution intitulé « Nécessité de mettre fin au blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d’Amérique » sera soumis à l’examen de l’ONU la semaine prochaine, pour la trente-quatrième fois. Cette année, il présente deux particularités inédites.

C’est ce qu’a annoncé le 21 octobre Bruno Rodríguez Parrilla, membre du Bureau politique et ministre des Relations extérieures, lors d’une conférence de presse devant des journalistes nationaux et étrangers.

« Ce qui est nouveau, singulier et insolite », a-t-il expliqué, c’est que l’Assemblée générale devra se prononcer pour la première fois dans un contexte de durcissement extrême du blocus imposé à Cuba.

Le deuxième aspect inédit réside dans le déploiement d’une campagne brutale menée par le gouvernement des États-Unis, le département d’État et en particulier son secrétaire d’État, qui exercent des pressions extrêmes sur de nombreux États membres des Nations unies afin de les contraindre à modifier la position souveraine qu’ils défendent depuis des décennies, a-t-il expliqué.

Ces pressions, a-t-il précisé, sont exercées à titre personnel par le secrétaire d’État, parfois de manière dissimulée, parfois publiquement. « Cela fait des mois qu’ils se livrent à ces pratiques », a-t-il affirmé.

VIOLENCE POLITIQUE, COERCITION ET CHANTAGE

À cet égard, il a présenté une directive du département d’État dans laquelle il demande aux gouvernements de ne pas voter en faveur de ce qu’il qualifie de « propagande cubaine, comme si le blocus et les préjudices humanitaires ne faisaient pas partie d’une réalité que personne ne peut réfuter ».

Rodríguez Parrilla a dénoncé le fait que ce document « prétend rendre le gouvernement cubain responsable des préjudices humanitaires provoqués par le blocus. Or, il ne s’agit nullement de ce que le gouvernement des États-Unis qualifie habituellement de “dommages collatéraux”, mais de préjudices planifiés, prévus et délibérément conçus pour déstabiliser le pays en infligeant des souffrances aux familles ».

De plus, le texte rendu public affirme que le blocus est légal et qu’il permet à l’Île de commercer avec des pays tiers.

Un deuxième document rendu public contient des menaces directes de sanctions. Il exhorte le président auquel il est adressé à examiner attentivement la question ainsi que la menace d’appliquer des sanctions contre son gouvernement, voire contre sa personne.

Un troisième document « calomnieux », auquel le ministre a fait référence, cherche à invoquer comme prétexte une soi-disant implication de Cuba dans le conflit en Ukraine. Une accusation que la plus grande des Antilles a démentie à plusieurs reprises.

Les méthodes de pression employées par Washington dans le but de faire basculer le vote en faveur de la fin du blocus incluent la menace d’imposer des droits de douane, la suspension de programmes de coopération, le refus de visas aux responsables gouvernementaux et à leurs proches, le soutien aux forces d’opposition aux gouvernements concernés, ainsi que la menace d’encourager le renversement de ces gouvernements en s’ingérant dans les processus électoraux.

Le ministre des Relations extérieures a également évoqué les menaces de déstabilisation politique de ces pays ; d’agir à l’encontre des intérêts légitimes de ces gouvernements dans les secteurs de l’économie, des finances et des investissements ; l’application de sanctions secondaires, ainsi que l’expulsion violente de Cuba des entreprises étrangères, sous la pression directe et brutale des États-Unis.

Il s’agit, a-t-il alerté, « d’un ensemble de méthodes relevant d’une véritable violence politique, de la coercition et du chantage ».

À ce propos, il a condamné le fait que le gouvernement des États-Unis utilise un pays latino-américain comme prête-nom et intermédiaire afin de tenter de rallier un groupe de nations et de les contraindre à modifier leur position sur la résolution.

Il a également révélé qu’un projet de discours avait été diffusé dans certains pays, les exhortant à reconnaître – « car cela ne peut être dissimulé », a-t-il précisé – l’existence de mesures coercitives unilatérales, sans toutefois faire référence au blocus énergétique ni au conteneurs immobilisés en raison des menaces pesant sur les compagnies maritimes.

Le département d’État va jusqu’au ridicule en demandant à certains pays, dont il reconnaît qu’ils ont toujours apporté un soutien solide et traditionnel à cette résolution, de s’abstenir, de quitter la salle et de ne pas prendre part au vote, a-t-il souligné et indiqué que ces manœuvres se poursuivraient probablement jusqu’au vote.

PRÉTEXTES ET MANŒUVRES

Le chef de la diplomatie cubaine a également évoqué « l’événement ridicule et honteux organisé le 19 octobre dans une petite salle isolée au sein des Nations unies, à New York, mais qui fait partie du territoire international », a-t-il dénoncé.

Il s’agissait, a-t-il insisté, « d’un événement mineur, menaçant et voué à l’échec », auquel le représentant des États-Unis avait convié plusieurs personnalités qui n’ont pas accès à cet espace, réservé aux diplomates accrédités. Parmi elles figurait Orlando Gutiérrez Boronat, inscrit sur la Liste nationale des personnes et entités liées au terrorisme.

Boronat, a-t-il précisé, est responsable de l’attaque contre le bureau de l’agence de presse Prensa Latina à Mexico. Il a entretenu des liens professionnels, de complicité et personnels avec des terroristes tels que Ramón Saúl Sánchez Rizo, Santiago Álvarez Fernández-Magriñá et Luis Posada Carriles.

Le ministre des Relations extérieures a également cité José Daniel Ferrer et Luis Manuel Otero Alcántara, « condamnés et sanctionnés » à Cuba, parmi les invités à cette réunion, qui s’inscrit dans le cadre de l’offensive visant à perturber le prochain débat à l’ONU, à contraindre les États à modifier la position qu’ils exprimeront dans leurs discours lors de cette session et à voter différemment de ce qu’ils avaient décidé auparavant, de manière libre et souveraine.

Ces manœuvres de la Maison-Blanche visent à détourner l’attention de l’essentiel : le fait qu’une superpuissance militaire, nucléaire, économique et technologique commet des actes d’abus atroces et continus contre une petite nation pacifique, éprise de paix. Elle tente de la détruire, commet un acte de génocide, tel que défini par la Convention de Genève, viole brutalement le droit international et le droit international humanitaire, et se rend coupable d’une violation massive, flagrante et systématique des droits humains de tous les pays et du peuple cubain.

Le gouvernement des États-Unis, a-t-il affirmé, mène une campagne destinée à justifier ses actes. « Aucun prétexte, quel qu’il soit, ne saurait justifier des actes de génocide ni des actes de punition collective. Aucune divergence politique entre gouvernements, aucun prétexte lié à l’objectif des États-Unis d’obtenir un changement de régime à Cuba ne permet de justifier des actes de génocide et de châtiment collectif. »

Il a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une affaire bilatérale et que ce qui se passe aujourd’hui à l’encontre de Cuba pourrait demain se produire contre n’importe quel État. C’est précisément pourquoi il a exhorté la communauté internationale et l’Assemblée générale des Nations unies à se mobiliser pour rétablir la primauté du droit international et empêcher le recours à la force, la menace de son emploi, ainsi que l’imposition de la paix par la force.

Il a ensuite souligné que la question qui sera débattue à l’ONU ne relève en aucun cas d’un simple différent. Elle concerne les droits souverains de tous les États de la planète.

L’Assemblée générale débattra de la question de savoir si une puissance a le droit, au moyen de mesures coercitives de différentes natures, d’empêcher le commerce avec des pays tiers, de restreindre la liberté de navigation et de transgresser les règles universellement reconnues en matière de commerce international.

Rodríguez Parrilla a remercié les gouvernements, les parlements, les mouvements populaires et sociaux, les organisations de femmes, de jeunesse et de travailleurs, les syndicats, les organisations non gouvernementales, les différentes composantes de la société civile, les intellectuels, les artistes, les universitaires et les scientifiques qui ont exprimé leur solidarité avec Cuba et condamnent constamment le blocus.

Il a salué les États qui votent en faveur de la résolution depuis plus de trente ans. Il a renouvelé ses remerciements aux gouvernements qui se sont récemment opposés, à l’Onu, au blocus énergétique et aux autres formes de blocus imposées à l’Île.

À propos des récentes accusations portées contre le général d’armée Raúl Castro Ruz, il a déclaré qu’il s’agissait d’un « acte infâme et stérile », dépourvu de toute valeur juridique, éthique ou pratique, qui s’inscrit dans un ensemble de mesures visant à poursuivre l’asphyxie de la nation caribéenne.

« J’ai la conviction que la politique du gouvernement des États-Unis à l’égard de Cuba devra changer », a-t-il souligné. Tout d’abord, en raison de la détermination des Cubains à défendre leur patrie face à toute menace. Ensuite, a-t-il ajouté, en raison de la volonté des citoyens étasuniens. Enfin, parce que ce qui se passe aujourd’hui est dangereux, constitue une menace et est intenable, a-t-il affirmé.

En réponse à une question de Granma, Rodríguez Parrilla a déclaré que Cuba suscitait une immense admiration. Le pays compte également de nombreux amis à l’échelle internationale, entretient des relations fraternelles avec presque tous les gouvernements de la planète et possède des relations diplomatiques avec tous, à de très rares exceptions près.

Elle bénéficie aussi de la reconnaissance de ses partenaires commerciaux traditionnels. « Il est de notoriété publique que des investisseurs ont été contraints de quitter notre pays contre leur volonté, à l’encontre de leurs propres intérêts et de ceux de leurs pays respectifs. »

De nombreux pays reconnaissent que le blocus énergétique et le châtiment collectif constituent une réalité liée à l’existence même de Cuba en tant qu’État souverain et qu’ils nuisent aux relations commerciales non seulement de l’Île, mais aussi de pays tiers. C’est pourquoi, a-t-il assuré, la solidarité avec Cuba continuera d’exercer une influence considérable.

Il a enfin souligné que Cuba ne sera ni vaincue ni battue, qu’elle ne se rendra pas et qu’elle défendra son indépendance, sa souveraineté et son intégrité territoriale jusqu’aux ultimes conséquences, considérant cette défense comme un moyen de défendre l’indépendance et la souveraineté de tous les États de la planète.