
Si la manipulation psychologique (gaslighting) agit sur le plan interpersonnel, la mise à l’agenda médiatique (agenda setting) opère au niveau des médias. Élaborée par les professeurs Maxwell McCombs et Donald Shaw dans les années 1970, cette théorie affirme que les médias de masse ne nous disent pas ce qu’il faut penser, mais sur quoi penser.
Autrement dit, les journaux, les chaînes de télévision et les plateformes numériques exercent un immense pouvoir en sélectionnant et en hiérarchisant les sujets du jour. En accordant la une et des heures de débat à une question, ils la placent au centre de la conversation nationale. En en ignorant une autre, ils la condamnent à l’oubli.
La machinerie médiatique, très sophistiquée, qui opère hors de Cuba dans le but d’influencer la perception de la réalité de l’Île constitue un véritable cas d’école de manipulation de l’agenda médiatique.
L’un de ses axes principaux consiste à manipuler les conséquences du blocus économique imposé par les États-Unis afin d’en attribuer la responsabilité au gouvernement cubain. Le mécanisme est pervers, mais efficace :1. le blocus engendre des pénuries de carburant, de médicaments et d’aliments ; 2. des médias financés par des agences étasuniennes, qualifiés « d’indépendants », amplifient le mécontentement résultant de ces pénuries ; 3. l’agenda médiatique se trouve saturé d’informations sur les files d’attente, la pénurie de produits ou les défaillances des transports, en en attribuant la responsabilité exclusivement à la « mauvaise gestion interne », tout en omettant le contexte du siège économique dont ils sont eux-mêmes les promoteurs.
Par ailleurs, on assiste à la promotion de certaines figures disposant d’une faible représentativité réelle à l’intérieur de l’Île, en leur conférant le statut de « leaders d’opinion », « activistes » ou « experts ». En leur donnant une visibilité dans leurs agendas, les médias internationaux les légitiment comme interlocuteurs valables.
On nous présente la réalité cubaine comme intrinsèquement hostile à des causes telles que la lutte contre la discrimination raciale ou l’égalité de genre, afin de soutenir un récit préfabriqué d’oppression. De cette manière, on cherche à aligner l’agenda des défenseurs internationaux des droits humains sur une stratégie de déstabilisation politique.
Alors que les médias publics cubains fonctionnent selon une logique de service et de développement social, la machinerie médiatique extérieure opère selon une logique de guerre, financée par d’énormes budgets et sans limites éthiques dans la diffusion de la désinformation.
Face à cette stratégie, la réponse ne saurait être uniquement défensive. Une action proactive s’impose afin de restituer aux médias nationaux leur rôle de source primaire et fiable. Il s’agit de déployer une politique de communication efficace permettant d’inscrire dans l’agenda mondial les véritables caractéristiques de la société cubaine : ses avancées scientifiques, sa stabilité sociale et sa culture, en brisant le monopole d’un récit fondé sur le désespoir.
Il nous faut comprendre que la manipulation médiatique n’est pas un effet secondaire, mais une politique d’État conçue pour affaiblir la Révolution de l’intérieur, en utilisant l’information comme une arme. La bataille pour la maîtrise de l’agenda médiatique est, en dernière instance, une bataille pour la conscience et la souveraineté.






