
Démontrant que la diplomatie du bâton n’est jamais passée de mode, Washington a décidé de combiner deux instruments classiques de sa politique étrangère – le châtiment économique et l’intimidation navale – afin de faire pression sur Cuba et de provoquer un « changement de régime ».
Le nouveau paquet de mesures, officialisé par un décret présidentiel (OE), active le gel de tout bien placé sous juridiction étasunienne appartenant à des personnes ou des entités qui maintiendraient des opérations dans les secteurs cubains de l’énergie, de la défense, des mines et des services financiers, ainsi que dans tout autre secteur que les départements du Trésor et d’État décideraient ultérieurement de viser.
La disposition entre en vigueur sans délai de notification ni période de grâce, ce qui accroît l’insécurité juridique des opérateurs économiques.
Sans aucun doute, l’aspect le plus disruptif du décret présidentiel réside dans sa clause extraterritoriale : les institutions financières étrangères qui faciliteraient une « transaction significative » en faveur d’entités cubaines sanctionnées s’exposeraient à une exclusion du système financier des États-Unis.
Par ailleurs, l’entrée aux États-Unis, en qualité d’immigrant ou de non-immigrant, est refusée aux étrangers ne respectant pas un ou plusieurs des critères établis par le décret ; y compris le fait d’être un membre adulte de la famille d’une personne désignée en vertu de ce décret peut donner lieu à des sanctions.
L’imposition de sanctions en dehors du Conseil de sécurité des Nations unies contrevient à la Charte de l’ONU. Des experts de cette organisation internationale ont condamné à plusieurs reprises les mesures coercitives des États-Unis contre Cuba, les qualifiant de « grave violation du droit international ».
L’impact réel de ces mesures se ressent dans la vie quotidienne de la population civile : les pénuries d’électricité ont obligé à reporter des milliers d’interventions chirurgicales et à interrompre des traitements oncologiques, tandis que la population subit des privations qui ne sont pas plus graves grâce à l’efficacité du système cubain et à son sens de la justice et de l’égalité.
À peine quelques heures après avoir signé le décret présidentiel, le président étasunien a déclaré devant un auditoire d’hommes d’affaires qu’il « prendrait le contrôle de Cuba presque immédiatement » et a ajouté qu’il ferait stationner le porte-avions USS Abraham Lincoln à une centaine de mètres des côtes cubaines ; les insulaires, a-t-il déclaré, diraient alors : « merci beaucoup, nous nous rendons ».
Ces propos constituent, dans le langage diplomatique, une menace de recours à la force contre un État souverain, interdite par l’article 2.4 de la Charte des Nations unies, et rappellent l’époque de l’Amendement Platt.
Ainsi, la succession des décisions adoptées depuis janvier – interruption des livraisons de pétrole, sanctions secondaires contre les banques et désormais menace d’intervention militaire – dessine les contours d’une escalade particulièrement dangereuse et absurde contre Cuba.
Pendant ce temps, la communauté internationale a réagi à cette escalade. L’Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique a publié un communiqué de condamnation et exhorté Washington à « privilégier la voie d’un dialogue respectueux, dans des conditions d’égalité, sans menaces ni conditionnements ».
On peut dès lors se demander pourquoi persister avec autant d’obstination dans une politique vouée à l’échec, alors que les six décennies de blocus ont démontré que la coercition économique et la menace du recours à la force, loin de provoquer un changement politique, renforcent la cohésion interne de la société cubaine et sa volonté de résister.
Sources : The White House, United States Department of State, RTVE, La Razón, Deutsche Welle, TeleSUR, ABC.






