ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo : œuvre de Michel Moro 

Depuis les années 1980, le capitalisme mondial a consolidé un « bloc historique » sous hégémonie néolibérale : mondialisation des marchés, dérégulation financière, affaiblissement des syndicats…

Malgré les promesses de développement et d’accroissement de la richesse, le néolibéralisme a engendré plusieurs tendances qui ont conduit à son propre épuisement : crise de représentation des partis traditionnels, aggravation des inégalités et précarisation de larges secteurs de la population.

Dans cet ordre de choses, le système a fait passer la logique du profit de la production à la spéculation, ce qui a provoqué des crises toujours plus violentes.

Ainsi, le capitalisme néolibéral a non seulement échoué à se stabiliser, mais il a aussi transféré les richesses des travailleurs vers les rentiers ; les réformes du travail ont facilité les licenciements, affaibli les syndicats et créé une masse de travailleurs précaires.

Les multinationales ont divisé le monde en zones d’exploitation maximale. Mais cette phase est entrée en crise lorsque la suraccumulation financière n’a plus pu se maintenir sans des plans de sauvetage massifs des États (2008). Comme l’aurait dit Lénine : le capitalisme a épuisé sa capacité d’expansion géographique ; désormais, il ne fait plus que se dévorer lui-même.

La délocalisation de la production vers la Chine, le Mexique ou l’Asie du Sud-Est a multiplié l’offre mondiale de main-d’œuvre, mais le chômage structurel s’est confirmé comme une caractéristique fonctionnelle.

Le néolibéralisme a accentué l’exploitation irrationnelle de la nature : privatisation de l’eau, agro-industrie transgénique, extraction minière à ciel ouvert, accords de « libre-échange » annulant les réglementations environnementales.

Les services publics, les crèches, la prise en charge des personnes âgées et la santé ont subi des coupes budgétaires, tandis que les privatisations de l’eau, de l’électricité, des chemins de fer et des postes dans les années 1980 et 1990 ont entraîné hausse des tarifs, la dégradation de la qualité et de la corruption.

Pour sauver le système financier en 2008, les États ont endetté les générations futures et imposé des politiques d’austérité. Or, ce ne sont pas les banques qui en ont payé le prix, mais les travailleurs. Les pays dits « périphériques » se sont retrouvés soumis au Fonds monétaire international (FMI) et aux fonds vautours.

Ces éléments montrent que la crise du néolibéralisme n’est pas conjoncturelle, mais organique au sens gramscien. Le capital est incapable d’offrir stabilité, emploi digne, protection sociale ou avenir écologique.

De cette manière, la précarisation a même atteint des secteurs auparavant privilégiés de techniciens et d’ingénieurs, et une partie de la classe ouvrière frappée par la situation a évolué vers des positions d’extrême droite.

Comme l’a souligné Lénine, il ne s’agit pas d’une « radicalisation » authentique, mais de l’expression désespérée de couches sociales qui perdent leurs privilèges relatifs sans acquérir de conscience de classe internationaliste.

LES OMBRES DE L’INTERREGNE

Le « vieux monde » se meurt à chaque nouvelle crise, mais le « nouveau » n’est pas encore né, et c’est dans ce clair-obscur qu’apparaissent les monstres qui canalisent la peur et la colère vers des solutions régressives. Comprendre toutes les composantes de la crise est la condition préalable à la construction d’une issue socialiste, afin de commencer à édifier l’avenir communiste.

Le néolibéralisme de l’après-guerre froide rêvait d’un capitalisme mondial sous l’hégémonie des États-Unis ; il n’avait pas prévu l’ascension de la Chine comme puissance économique et militaire, remettant en cause la domination technologique et la dictature du dollar.

La guerre commerciale et technologique entre les États-Unis et la Chine, la politique de sanctions, le réarmement européen, la guerre menée par l’OTAN et l’Ukraine contre la Russie, ainsi que l’agression contre l’Iran de la part de l’entité sioniste d’Israël et des États-Unis, reflètent ce que Lénine a souligné à maintes reprises : le partage inégal du monde engendre périodiquement des guerres impérialistes.

Pour Lénine, ces contradictions annoncent que le système ne peut plus être géré par le consensus : la guerre devient un instrument ordinaire de reconfiguration de la domination.

C’est ainsi que l’illustre dirigeant de la Révolution d’Octobre analysait la manière dont la bourgeoisie, lorsque sa domination est menacée par la lutte des classes, recourt à des méthodes ouvertement dictatoriales et démagogiques.

Les réponses ont été, sont et seront le bonapartisme et le fascisme : la dissolution des canaux traditionnels de la démocratie bourgeoise. Ceux-ci font appel à la petite bourgeoisie et à des secteurs ouvriers déclassés à travers un discours anti-élite, tout en imposant des politiques d’austérité antisociales et en préparant le terrain à une répression plus ouverte contre les mouvements populaires.

Karl Marx décrivait le bonapartisme comme un pouvoir exécutif qui se place au-dessus des classes en lutte, en équilibrant leurs forces au service du capital.

Le « leader » se présente comme « le défenseur du peuple travailleur » contre les élites, mais gouverne pour les plus riches ; il transforme la crise organique en bouc émissaire : les coupables ne sont ni le capital ni le système, mais les immigrés, les Chinois ou les « mondialistes ».

De cette façon, il déplace la lutte des classes vers le terrain ethno-nationaliste. C’est une forme de ce que Antonio Gramsci appelait une « révolution passive » : ils incorporent des revendications, mais en les vidant de leur contenu anticapitaliste, tout en les réorientant vers la haine de l’autre.

Les nouveaux guides anti-élites s’appuient principalement sur les petits entrepreneurs et les propriétaires ruraux – qui voient leur position menacée par les grandes chaînes et la concurrence mondiale –, les travailleurs des industries en déclin – qui ont perdu leur organisation syndicale et leur conscience de classe –, ainsi que les couches moyennes appauvries – qui craignent de tomber dans le prolétariat.

À tous ces secteurs, ils proposent un « capitalisme à visage national », ne remettre en cause ni la propriété privée ni l’exploitation, mais de la mettre au service des « nôtres ».

Contrairement au keynésianisme ou à la social-démocratie, le marxisme-léninisme considère que la crise du néolibéralisme est terminale pour le capitalisme dans son ensemble, et non pour une simple variante de celui-ci.

Face aux monstres, la tentation réformiste consiste à réclamer un « retour à la normale » ; la tentation est forte. Pourquoi encourager le chaos ? Mieux vaut attendre que la crise engendre automatiquement une conscience révolutionnaire.

Pendant ce temps, la bourgeoisie continuera d’offrir des monstres, des guerres et de la barbarie. La tâche des communistes est de transformer les tribulations des grandes masses en conscience révolutionnaire, en profitant de chaque faille du système pour avancer vers la seule alternative : le socialisme. •