
Les récentes mesures annoncées contre Cuba ne répondent pas à de réelles menaces contre la sécurité des États-Unis, mais à la persistance d’un modèle politique que Washington n’est pas parvenu à faire plier par la coercition.
Une analyse objective du décret exécutif permet d’observer, d’un côté, sa rhétorique mensongère et dénuée de preuves, et de l’autre, la réalité cubaine, soutenue par le droit international.
SUR L’IMPOSITION DE NOUVELLES SANCTIONS (LOI IEEPA)
« Le décret élargit les sanctions existantes contre Cuba en incluant de nouvelles restrictions en vertu de la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationale (IEEPA) ».
L’IEEPA constitue un instrument de coercition unilatérale ; son application contre Cuba viole les articles 1, 2 et 55 de la Charte des Nations unies et ignore la résolution qui, depuis 1992, exige la levée du blocus. Il n’existe aucune « urgence nationale » réelle qui pourrait justifier le maintien, pendant plus de soixante ans, d’un siège économique que le droit international qualifie d’acte de génocide.
« Le décret autorise également de nouvelles sanctions contre des personnes, des entités, ou des institutions concernée qui auraient réalisé ou facilité des transactions avec des personnes ou des entités sanctionnées.
Les « sanctions secondaires » constituent une violation flagrante du principe de non-ingérence, pierre angulaire du droit international, ainsi que du droit des pays tiers à l’autodétermination économique. Elles contreviennent aux articles 2.1 et 2.4 de la Charte de l’ONU.
SUR « LUTTER CONTRE L’INFLUENCE NÉFASTE DE CUBA »
« Cuba abrite des installations d’adversaires étrangers consacrées à la collecte et à l’exploitation d’informations sensibles concernant la sécurité nationale des États-Unis. »
Il s’agit d’une affirmation sans preuves vérifiables. Aucun rapport déclassifié des services de renseignement étasuniens n’a démontré l’existence de telles installations. Un argument récurrent hérité de la Guerre froide, utilisé pour justifier des mesures coercitives.
« Cuba entretient des liens étroits avec d’autres États importants qui parrainent le terrorisme, notamment l’Iran, et offre refuge à des groupes terroristes transnationaux, parmi lesquels le Hezbollah. »
Cuba a été victime du terrorisme d’État durant plus de soixante ans ; les plus de 3 000 victimes mortelles causées par ce fléau témoignent de l’identité des véritables responsables. La désignation de Cuba comme État soutenant le terrorisme est donc dénuée de tout fondement technique, moral et juridique.
« Le régime persécute et torture les opposants politiques, nie la liberté d’expression et diffuse activement l’idéologie communiste. »
L’État reconnaît, respecte et garantit aux personnes la liberté de pensée, de conscience et d’expression. Les droits de réunion, de manifestation et d’association, à des fins licites et pacifiques, sont reconnus par l’État, à condition qu’ils soient exercés dans le respect de l’ordre public et des dispositions établies par la loi.
SUR LE PRINCIPE « LES ÉTATS-UNIS D’ABORD »
« Durant son premier mandat, l’actuel président a annulé l’accord unilatéral de l’administration Barack Obama. »
L’accord conclu sous Barack Obama prévoyait une coopération sur des questions d’intérêt mutuel, telles que la lutte antidrogue, l’environnement ou les vols réguliers. Son annulation n’a produit aucune avancée dans la politique des États-Unis contre l’Île ; elle n’a fait qu’aggraver les souffrances économiques de la population civile cubaine.
« En juin 2025, le président Donald Trump a accru la pression politique […] afin de promouvoir un secteur privé indépendant du contrôle gouvernemental. »
Le gouvernement cubain a légalisé plus de 9 000 micro, petites et moyennes entreprises privées depuis 2021. Selon les données de l’Office national des statistiques et de l’information, 9 550 « mipymes » privées étaient en activité dà Cuba à la fin du mois de mars de cette année. Imposer depuis l’extérieur un modèle économique spécifique constitue un acte d’ingérence violant la Charte de l’ONU.
« En janvier 2026, le président Trump a signé un décret exécutif imposant des droits de douane aux pays qui vendraient du pétrole à Cuba. »
Cette mesure représente un nouveau durcissement du blocus, avec un impact direct sur la vie du peuple cubain. Elle affecte également des pays tiers, raison pour laquelle elle a été dénoncée par plusieurs gouvernements et organisations internationales.
Le décret exécutif mentionne les opérations : Absolute Resolve, Southern Spear, Midnight Hammer et Epic Fury.
Aucune de ces opérations militaires unilatérales ne dispose de mandat du Conseil de sécurité des Nations unies. Leur mention vise à instaurer un climat d’intimidation. La véritable leçon est que les États-Unis passent outre le droit international lorsque cela leur convient.
« Le régime corrompu de Cuba continue de favoriser la migration vers les États-Unis, avec plus de 850 000 migrants arrivés entre 2022 et l’automne 2024. »
La migration cubaine répond directement à la crise économique provoquée par le renforcement du blocus ainsi qu’aux incitations créées par la Loi d’ajustement cubain, qui favorise la migration à des fins politiques. Il est faux d’affirmer que le gouvernement cubain « encourage » la migration. Au contraire, La Havane maintient depuis 1995 des accords avec les États-Unis afin de contrôler les flux migratoires.
« Cuba offre un environnement propice à des opérations hostiles de renseignement étranger à moins de cent milles du territoire étasunien. »
Il n’existe aucun antécédent d’opérations hostiles lancées depuis le territoire cubain contre les États-Unis. Les propres agences de renseignement étasuniennes ont déclaré que Cuba ne représente pas une menace plus importante que d’autres pays de la région.
« Ces actions constituent une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis. »
Il s’agit d’une formule rhétorique vide ; le véritable état d’urgence nationale, renouvelé année après année depuis soixante ans, est le blocus économique imposé à un pays qui n’a jamais attaqué les États-Unis. La communauté internationale l’a dénoncé à maintes reprises comme un anachronisme.
SOURCES : Constitution de la République de Cuba, State.gov, RT, La Jornada, CNN, Democracy Now!, HCDH, The Intercept, Drop Site News, Cubadebate.






