ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Osval

À quelques jours de l’examen, par l’Assemblée générale des Nations unies, du rapport sur la nécessité de mettre fin au blocus contre Cuba, le gouvernement des États-Unis a lancé une intense campagne de pressions et de chantage visant les chefs d’État et de gouvernement de plusieurs pays.

La dénonciation a été formulée le 14 octobre par Bruno Rodríguez Parrilla, membre du Bureau politique et ministre cubain des Relations extérieures, sur son compte du réseau social X. «Le secrétaire d’État des États-Unis, nerveux et inquiet à l’approche d’une nouvelle défaite aux Nations unies, exerce des pressions et fait chanter les chefs d’État et de gouvernement de plusieurs pays pour qu’ils modifient leur vote contre le blocus à l’Assemblée générale de l’ONU », a écrit le chef de la diplomatie cubaine.

Il ne s’agit pas d’une simple accusation rhétorique. Bruno Rodríguez Parrilla a révélé que le coût du blocus, entre le 1er mars 2025 et le 28 février 2026, s’élevait à 8, 08 milliards de dollars, soit le montant le plus élevé jamais enregistré et supérieur de 7 % à celui de la période précédente. Depuis le début du blocus, les pertes cumulées dépassent 178,7 milliards de dollars en prix courants.

Derrière ces chiffres se cache une stratégie qui ne se limite pas à l’asphyxie matérielle. Les pressions exercées sur les votes à l’ONU s’inscrivent dans le même schéma : isoler politiquement l’Île afin de faire passer le châtiment économique pour une condamnation universelle, et non comme une décision unilatérale de Washington.

Dans le même ordre d’idées, le vice-ministre des Relations extérieures, Carlos Fernández de Cossío, a décrit les mécanismes de cette offensive. «La première puissance économique, technologique et militaire de la planète ne se contente pas d’imposer un châtiment collectif à l’ensemble du peuple cubain et de dégrader le niveau et les conditions de vie de toute la population, dans le but de provoquer une crise humanitaire», a-t-il souligné sur les réseaux sociaux.

« Face à l’isolement politique et moral suscité par cette agression », a-t-il ajouté, Washington « consacre des ressources considérables à exercer des pressions sur les gouvernements du monde entier, afin qu’ils modifient leur position traditionnelle et cessent de réclamer la fin de cet abus et de ce crime ».

Le vice-ministre est allé plus loin en décrivant le comportement du secrétaire d’État Marco Rubio. « Il va de pays en pays, multipliant les appels téléphoniques aux dirigeants dans un effort désespéré pour intimider, faire chanter et promettre des avantages aux gouvernements de toutes les régions du monde », a-t-il écrit.

Cette image du secrétaire d’État parcourant les capitales, plein de promesses et de menaces, ne relève pas d’une liberté littéraire : elle décrit une diplomatie qui a fait du chantage un instrument quotidien.

Le schéma est parfaitement clair : lorsque les pressions ne parviennent pas à renverser la majorité, elles visent au moins à la réduire. Chaque voix perdue est ensuite présentée comme la preuve d’un prétendu isolement de Cuba, alors même que l’écrasante majorité continue de soutenir la levée du blocus.

Le vote de cette année est prévu le 28 octobre, mais désormais le blocus économique ne suffit plus ;  il s’y ajoute l’intimidation directe des représentants des États membres, la promesse d’avantages en échange d’un vote favorable et la fabrication de prétextes destinés à justifier l’injustifiable.

Toutefois, l’enjeu dépasse le résultat d’un scrutin : c’est la possibilité pour le multilatéralisme de fonctionner comme un espace de délibération souveraine qui est en cause, car lorsque la plus grande puissance de la planète fait pression sur les petits et moyens pays pour les contraindre à aligner leurs votes sur ses intérêts, elle n’attaque pas seulement Cuba, elle attaque le principe même de l’égalité souveraine des États, consacré par la Charte des Nations unies.

Bruno Rodríguez l’a affirmé sans détour : Washington cherche à « passer sous silence l’acte de châtiment collectif qu’il inflige au peuple cubain et à rendre le reste de la communauté internationale complice de cette barbarie ». C’est la description exacte de ce qui se produit lorsque le chantage devient une méthode de travail diplomatique.