ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

En 1993, alors que Cuba traversait l'heure la plus sombre de la « période spéciale », avec une économie en plein effondrement et un ennemi misant sur la chute imminente de la Révolution, Fidel Castro prononça une phrase que beaucoup ont interprétée comme un mot d'ordre : « La culture est la première chose à sauver », avait-t-il déclaré devant le 5e Congrès de l'Union des écrivains et des artistes de Cuba (UNEAC)

Cette phrase n’a pas surgi dans le feu des débats ; elle était le fruit d’une réflexion mûrie au fil de décennies d’affrontement avec la puissance la plus redoutable de la planète. Fidel comprenait que, sans ce sentiment d’appartenance, sans la défense des principes et sans la spiritualité qui soutient une nation, il serait impossible de trouver la force de résister.

Peu après, à Caracas, le leader de la Révolution cubaine devait préciser ce concept : « Une révolution ne peut être que le fruit de la culture et des idées ». C’était le constat que la Révolution cubaine avait survécu à dix administrations étasuniennes, à un blocus économique sans précédent et à la disparition de son principal allié, car elle possédait une culture révolutionnaire forgée au cours de plus d’un siècle de lutte.

Dans le vaste et tourmenté paysage des conflits contemporains, les armes ne constituent plus l’instrument exclusif pour soumettre les nations ; la guerre multiforme, de nature non conventionnelle, a déplacé le centre de gravité de l’affrontement vers des terrains moins visibles, mais tout aussi dévastateurs : les esprits, les identités et les récits qui soutiennent les peuples.

Ainsi, dans ce nouveau paradigme, la culture n’est ni un ornement ni un refuge neutre ; elle constitue la cible principale. La stratégie des États-Unis à l’égard de Cuba illustre avec précision ce principe.

Depuis des décennies, la conception de la subversion contre l’Île ne se limite pas à l’asphyxie économique ou à l’encerclement diplomatique ; elle intègre, de manière explicite et documentée, une composante culturelle visant à éroder l’identité nationale pour faciliter la défaite.

Avec leur usine à faussaires tournant à plein régime — comme ils l’ont fait en Europe de l’Est —, nos ennemis produisent en masse nos propres « Alexandre Soljenitsyne », promeuvent, via une musique mercenaire, les valeurs de la société de consommation, la vulgarité et la misogynie ; ils achètent de prétendus journalistes, corrompent les consciences, saturent notre écosystème numérique de déchets médiatiques, etc.

L’objectif affiché est de faire en sorte que « les gens renient leur identité » et « aient honte de leur histoire », afin qu’ils assimilent « les paradigmes et les schémas de la philosophie impérialiste hégémonique ».

Cette offensive culturelle s’articule avec les autres dimensions de la guerre, et notamment avec l’asphyxie économique ; celle-ci ne constitue pas seulement une sanction matérielle, mais une pression psychologique conçue pour engendrer le désespoir et imputer au système cubain la responsabilité de tous les maux.

Une nation qui cesse de se reconnaître elle-même est prête à accepter n'importe quel destin imposé de l'extérieur ; la logique est simple et cruelle.

Le Premier secrétaire du Comité central du Parti et président de la République, Miguel Díaz-Canel Bermúdez, a décrit la nature de cette agression : « Effacer l'identité culturelle de tous nos peuples et de tous nos pays ; il s'agit d'effacer nos histoires, nos racines culturelles ; il s'agit d'amener les peuples à considérer leur propre culture comme obsolète ».

Il ne s’agit pas d’une interprétation biaisée de la part de La Havane, mais d’une stratégie documentée : l’utilisation de la culture et des arts comme outils de déstabilisation figure dans les manuels attribués à Gene Sharp, dont les méthodes ont été éprouvées en Europe de l’Est, puis adaptées à l’Amérique latine.La guerre cognitive s’attaque à « la capacité d’une société à interpréter sa réalité, à s’émanciper au sein de sa propre histoire, à penser à partir de sa propre expérience » ; l’objectif n’est pas de détruire physiquement l’adversaire, mais de vider de leur sens les symboles qui assurent sa cohésion.

Faire en sorte que « souveraineté » signifie isolement, que « socialisme » signifie retard, que « Révolution » signifie dictature : il s’agit, en somme, d’une guerre pour le sens.

Dans un monde où les guerres ne se mènent plus seulement avec des armées, mais avec des algorithmes, des récits et des symboles, sauver la culture revient à sauver la possibilité même d’exister en tant que nation souveraine. Fidel l’a compris avant presque tout le monde ; sa phrase de 1993 n’était pas une métaphore, et encore moins un slogan creux.